libertaires, l’intersectionnalité, les races, l’islamophobie
  Theme(s) Antifascisme -  
  17-07-2017 00:58
Auteur : http://www.grand-angle-libertaire.net
 
 
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  Depuis la parution du livre d’H0uria B0uteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, au printemps 2016 (Paris, La Fabrique), on voit se développer dans les milieux libertaires en France une polémique autour de l’usage de la notion de « race »[1]. Ceux qui utilisent une telle notion sont qualifiés de « racialistes » et assimilés à des racistes. Cela touche en particulier la notion d’« intersectionnalité » qui est issue des sciences sociales et reprise par des militants dans le but de mieux articuler la réflexion autour de différentes oppressions comme le sexe, la race et la classe[2]. Récemment, le Groupe anarchiste Regard noir (depuis autodissous) publiait, avec la Anarchist Federation, une brochure intitulée Classe, genre, race et anarchisme, proposant des traductions de textes plutôt courts de l’Assemblée des femmes de la Fédération anarchiste britannique, qui aident à réfléchir à la notion — et au phénomène — de « privilèges »[3].

Le site de réflexions libertaires Grand Angle a souhaité proposer une discussion entre deux libertaires et chercheurs en sciences sociales, pour lever certains malentendus et comparer le contexte militant et intellectuel français et québécois. En effet, Francis Dupuis-Déri milite ou a milité dans des organisations de sensibilité anarchiste aux États-Unis, en France et surtout au Québec. Il enseigne en science politique et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et il a signé quelques livres, par exemple L’anarchie expliquée à mon père (avec Thomas Déri, Montréal, Lux, 2014) et Les Black Blocs (Montréal, Lux, 4e éd. 2016). Irène Pereira a milité dans différentes organisations libertaires (CNT, Alternative Libertaire) et est membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions. Elle enseigne à l’ESPE de l’Université de Créteil et participe au réseau « Sexe, race, classe » de l’Association française de sociologie. Elle a publié, entre autres, Anarchistes (Montreuil, La ville Brule, 2009) et L’anarchisme dans les textes (Paris, Textuel, 2011).


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***** Irène Pereira : Pour ma part, c’est vrai que je suis étonnée du développement de cette polémique dans les milieux libertaires en particulier parce qu’elle assimile au Parti des 1ndigènes de la République (PIR) des positions qu’il ne revendique pas, comme l’intersectionnalité. En effet, H0uria B0uteldja est l’auteure d’un texte où elle critique la notion d’intersectionnalité[4]. Ce texte fait suite, en réalité, à des critiques que le PIR avait essuyées venant à la fois de Philippe Corcuff[5] et d’un article collectif, rédigé entre autres par Malika Amaouche[6]. Ces deux contributions, antérieures à la publication de l’ouvrage polémique d’H0uria B0utledja, mettent notamment en cause les positions ambiguës du PIR concernant l’antisémitisme et l’homophobie. Donc, il est possible de constater qu’il n’y a pas d’identification entre le fait de soutenir le PIR et d’utiliser la notion sociologique de « race » : cela me semble une erreur que commettent certains militants libertaires français par manque de connaissance de l’ensemble de la littérature concernant ces sujets. En effet, l’intersectionnalité est une notion qui trouve son origine dans le féminisme noir américain. Par ailleurs, les analyses se situant le plus souvent dans la perspective de l’intersectionnalité s’efforcent de déconstruire les catégories essentialisées par les différents rapports de domination, alors que « l’essentialisme » est aujourd’hui revendiqué positivement au sein du PIR[7].

De manière générale, j’ai l’impression que dans toute cette histoire, outre une réduction au PIR, il y a une méconnaissance de l’ensemble de ces théories en particulier de la part de leurs opposants. Ainsi, j’ai pu lire : « Pour ces braves gens, l’histoire du monde tient en deux dates : 1492 et 1830. Le point de vue “décolonial” – le terme “décolonial” remplace “anticolonialiste”, ou même “révolutionnaire” d’ailleurs, et ouvre une identité politique permanente, décontextualisée –, ne voit l’histoire du monde que depuis le prisme de l’histoire des relations franco-algériennes »[8]. Le problème, c’est que le décolonial[9] n’a guère avoir avec les relations franco-algérienne car il s’agit à la base d’un courant de pensée latino-américain (d’où la référence à 1492). Une autre idée fausse que l’on trouve dans les milieux libertaires, c’est que ces théories seraient postmodernes et s’opposeraient à une approche matérialiste. En ce qui concerne la pensée décoloniale, elle a à l’origine plus à voir avec la théorie de la dépendance et la philosophie de la libération, qui sont des courants latino-américains, qu’avec les théories postmodernes. De même, les origines de la théorie de l’intersectionnalité se trouvent plutôt dans les courants féministes noirs américaines[10] que dans le postmodernisme. La réception en France s’est fait en particulier via des réseaux issus du féminisme matérialiste. Une autre simplification que l’on trouve consiste dans une réduction du queer aux approches postmodernes par opposition au matérialisme. Mais une telle conception est nettement contestable dans le queer of color[11] qui a eu impact non négligeable sur le mouvement Black Lives Matter (BLM).

Disons que, pour moi, ce qui est étonnant, c’est que j’ai l’impression que certains anarchistes se réveillent sur la question quand on les traite de « Blancs »[12], mais qu’ils n’avaient pas l’air de franchement s’émouvoir lorsque, par exemple, le PIR avait un discours ambigu sur l’homophobie. En outre, il me semble qu’il y a une mécompréhension au sujet de la notion de « race » utilisée entre autres dans la littérature sur l’intersectionnalité et la pensée décoloniale. En effet, il ne s’agit pas d’une notion biologique, mais d’une construction sociale qui continue à organiser la société de manière inégalitaire. C’est pour cela que certains chercheurs en France préfèrent parler de « rapports sociaux de racisation ». C’est une réalité que, en France, il existe tout un renouveau du travail sociologique autour de cette question qui a longtemps été relativement taboue[13]. Mon autre source d’étonnement face à ces polémiques en France dans le milieu libertaire, c’est que depuis le milieu des années 2000, il y a des organisations militantes libertaires françaises comme Alternative libertaire (AL)[14] ou la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA)[15] qui ont intégré une réflexion sur ces questions, et donc cela n’a rien de si nouveau que cela. Enfin, quand je lis la littérature étrangère (en langue anglaise, espagnole ou portugaise), cette catégorie de « race » (sociologique) est présente dans de nombreux pays et mise en avant justement par des personnes qui souhaitent lutter contre le racisme. Lorsqu’on regarde aux États-Unis, le mouvement Black Lives Matter en est un bon exemple et revendique une approche intersectionnaliste croisant classe sociale, racisation, sexe, queer et handicap. C’est d’ailleurs plutôt dans ces milieux critiques qu’il faut aujourd’hui chercher les ferments de la résistance à Donald Trump aux États-Unis comme le montre les prises de position d’Angela Davis[16].

En France, par exemple, le gouvernement interdit les statistiques ethniques par référence à son histoire avec le régime de Vichy. La notion de « race » reste très marquée par la collaboration avec le régime nazi. Or, il y a une tendance de la France à juger de toutes les questions par rapport à sa propre histoire nationale. Cependant, cette histoire n’est pas nécessairement celle des populations immigrées qui la composent. Par exemple, Martine Fernandes[17] a étudié le cas de l’utilisation de la notion de « race portugaise » dans le rap issu de l’immigration franco-portugaise. Cet usage a au moins deux références distinctes, mais qui n’ont rien à voir avec l’histoire de la France. Le premier c’est la mobilisation de la notion de « race » dans le rap chicano (celui des mexicains aux États-Unis) qui a servi de modèle à certains groupes de rap franco-portugais comme La Harissa. Le second, c’est l’histoire de la notion de race au Portugal durant la dictature salazariste. Avant la Seconde Guerre mondiale, le régime se réfère à une origine lusitanienne de la « race portugaise ». Mais par la suite, pour continuer à justifier la colonisation, le régime met en avant le fait que les Portugais se caractériseraient au contraire par le métissage, en particulier avec les populations africaines : c’est le luso-tropicalisme. Le régime s’appuie ainsi sur une sorte d’idéologie racialiste sans racisme, qui sert en réalité à masquer un racisme social bien réel. Aujourd’hui l’affirmation d’une « race portugaise » dans le rap franco-portugais est une affirmation identitaire, mais qui ne vise pas à développer un discours de suprématie de la race portugaise. Il s’agit d’une affirmation de la fierté d’être portugais, d’un renversement du stigmate en fierté, chez des jeunes issues de milieux populaires et s’adressant à des jeunes de milieux populaires issus de l’immigration. Ce qui me paraît problématique, c’est la difficulté de l’opinion publique française majoritaire à sortir de son franco-centrisme et à essayer de comprendre l’immigré, en tant qu’autre. De ce point de vue, il me semble que le Canada qui se présente comme une société multiculturelle fait davantage d’effort pour faire cela. Ainsi, il y a eu par exemple un travail de recherche spécifique effectué pour comprendre les particularités des immigrés portugais à Little Portugal à Toronto.

Or justement, est-ce que, Francis, tu peux nous donner des éléments, d’une part sur la manière dont le Québec intègre la question raciale dans sa législation (par exemple la question des « peuples autochtones canadiens » ou la question des statistiques ethniques) et d’autre part, la manière dont les milieux libertaires québécois se positionnent par rapport à la question raciale et à des notions telles que l’intersectionnalité ?


***** Francis Dupuis-Déri : Pour resituer ce débat au sujet de l’utilisation du mot « race », disons pour commencer que j’en suis venu à une curieuse conclusion au fil de mes allées et venues régulières entre le Québec et la France, y compris des séjours de plusieurs mois en France : les anarchistes du Québec sont finalement très québécois, et les anarchistes en France très français. Prétendre être anarchiste ne suffit pas pour échapper, comme par magie, à notre contexte national qui nous influence fortement, et à une certaine socialisation culturelle par la famille, l’école, les médias, les débats publics et même les luttes entre partis (même si nous ne votons pas…).

Je crois ainsi que les anarchistes du Québec ont tendance — je généralise, évidemment — à adopter un cadre de pensée cohérent avec l’idéologie officielle du Canada, à savoir un certain respect de la différence associée à la politique du multiculturalisme. Je ne dis pas que le Canada et le Québec ne sont pas des sociétés racistes, ni que les anarchistes d’ici ne sont pas racistes ou sexistes, mais il y a une tendance à accepter — en principe — les valeurs du multiculturalisme et de la diversité[18]. De même, les anarchistes québécois ont tendance — je généralise une fois de plus — à accepter l’influence du féminisme et des féministes, très dynamiques et fortement institutionnalisées au Québec (dans une province de 8 millions d’habitantes et d’habitants, il y a bien plus de ressources pour les femmes qu’en France : des centaines de maisons d’hébergement, des centres de jour, etc.). D’ailleurs, les féministes ont fait beaucoup pour introduire et diffuser l’intersectionnalité au Québec[19].

Quant aux données statistiques ethniques, elles ne semblent pas poser de problème au Québec : nous avons l’habitude que l’État compte le nombre d’anglophones, de francophones et d’autochtones, et propose d’autres catégories d’« origine ethnique » dans le recensement (plus de 200, au recensement de 2006 !). Cela fait partie de notre histoire officielle (comme aux États-Unis), évidemment raciste au départ. Or, cette information permet aujourd’hui à la société civile d’agir pour défendre des droits et combattre les discriminations en connaissant la réalité avec plus d’exactitude quant à des enjeux précis (éducation, emploi, logement, santé, etc.).

Du coté des anarchistes, cette influence du contexte national n’est pas la seule, bien sûr, et il ne faut pas sous-estimer les différences locales des réseaux anarchistes : des expériences historiques et le poids des habitudes, des tendances plus ou moins bien représentées, le passage de certaines idées véhiculées par des chansons, des livres, des revues ou lors de mobilisations transnationales, etc. Au Québec, le réseau anarchiste francophone est influencé par la présence des anglophones de Montréal ou qui viennent du Canada anglais ou des États-Unis. Ces anarchistes portent des idées et des pratiques fortement influencées par l’écologisme radical et l’antispécisme, le queer radical et les luttes antiracistes des communautés africaines-américaines. Du côté francophone, on reçoit — avec environ 5 ou 10 ans de retard — des idées sur l’intersectionnalité, le queer, les trans et l’anarcho-indigénisme, entre autres, et on finit (parfois) par les intégrer dans nos réflexions et nos pratiques, généralement suite à des luttes pénibles.

Pour leur part, les anarchistes francophones du Québec ont plus de contacts avec les réseaux militants d’Amérique latine. De plus, la circulation d’idées et de forces vives entre la France et le Québec, favorisée par des voyages et des déménagements, stimulent la réflexion sur l’antifascisme, les squats et les espaces autonomes, mais aussi des « traductions » des idées du Comité invisible. Pour ce qui est du syndicalisme révolutionnaire, il puise ses inspirations du côté de la France (CNT), mais surtout des États-Unis (IWW).

Bref, le passé colonial qui a déterminé cette dualité linguistique québécoise n’est pas qu’une affaire identitaire et culturelle. Il s’agit aussi d’un contexte qui favorise des déplacements et des échanges d’idées et de pratiques qui favorisent à leur tour certaines tendances anarchistes (comme le montrent très bien, d’ailleurs, les nombreux livres — surtout en anglais — sur l’expérience de l’immigration allemande, italienne et yiddish vers l’Amérique du Nord et du Sud à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle). Nous restons une sorte d’avant-poste, de comptoir colonial où transitent et s’échangent les idées et les expériences[20]. Enfin, comme je prends de l’âge, j’ai pu constater que beaucoup plus d’anarchistes qu’avant non seulement s’intéressent aux luttes des peuples autochtones d’ici, mais réussissent à former des alliances avec des autochtones en lutte (je pense au groupe Ni Québec, ni Canada). Cela entraîne toute une réflexion sur notre rapport à la colonisation et à l’occupation du territoire. Par exemple, qu’est-ce qu’un « espace autonome », s’il se situe sur des terres volées aux autochtones lors de la colonisation ? Comment reconnaître que nous participons aussi aux dynamiques coloniales, si nous avons des origines européennes ? Par exemple, tu parles du rapport colonial entre la France et l’Algérie. C’est très important, évidemment, et encore vivant autant en France qu’en Algérie. Mais vu du Québec, on sait que la France a aussi une dette coloniale au Québec, et même une « responsabilité » historique quant au choc de la colonisation européenne subit par des populations autochtones (il faudrait ici aussi parler de « crime contre l’humanité », dont sont responsables l’État canadien, mais aussi les États français et anglais).

Si les anarchistes du Québec ont donc tendance à être « canadiens » (multiculturalistes, etc.), il me semble avoir constaté (je peux me tromper) que les anarchistes en France reprennent en leurs termes une pensée républicaine et à prétention « universaliste », soit l’idéologie officielle du régime en place (comme, au Québec, les anarchistes parlent le langage du multiculturalisme). J’ai entendu des anarchistes en France tenir des propos qui auraient fait sourire ou grincer des dents au Québec, par exemple rejeter l’alternance des tours de parole hommes-femmes sous prétexte qu’il faudrait alors aussi en réserver « pour les arabes, les nains, les baleines à bosse » (un argument républicain universaliste basique).

Je suis conscient que j’avance en terrain miné avec mes spéculations (je sais qu’il y a aussi des anars en France qui pratiquent ou acceptent la non-mixité féministe, qui combattent l’islamophobie, etc.). Mais je me permets d’avancer encore un peu et de suggérer que ce que je viens de dire est vrai aussi pour le sens des mots, c’est-à-dire qu’il n’est pas toujours le même selon le temps et le lieu. Au Québec, le mot « communautaire » n’a pas du tout le même sens qu’en France ; nous l’employons dans le sens d’associatif — les « groupes communautaires » sont des organismes associatifs, dont le mandat n’est pas défini par une identité ethnique ou de sexe.

Je suis aussi conscient qu’il faudrait préciser comment les mots, qui évoquent des principes officiels (multiculturalisme, laïcité, etc.), sont repris par des anars et traduits dans les luttes internes des milieux de gauche et d’extrême gauche, pour favoriser telle organisation, telle tendance, consolider des jeux d’alliance ou, au contraire, confirmer de vieilles rivalités, etc. (comme me l’a judicieusement suggéré Émeline Fourment). J’imagine bien que le mot « race » sent le soufre pour des anarchistes en France, sans doute parce que certains ont été fortement influencés par les débats officiels au sujet de la Constitution française en 2013 pour biffer le mot « race », et sans doute aussi par l’histoire et l’actualité de l’extrême droite et du fascisme français. Or le mot « race » que l’on retrouve dans les textes au sujet de l’intersectionnalité a été proposé par des auteures africaines-américaines antiracistes, dans le triptyque « sexe, race, classe ». Ce n’est pas nouveau, cela dit. Dans les années 1970, Angela Davis, ancienne membre des Black Panthers, a signé un livre intitulé (en anglais et en français) Femmes, race et classe. Je n’ai jamais entendu de débat au sujet du titre de ce livre, pas plus qu’au sujet du livre de la sociologue féministe française Colette Guillaumin (à la peau blanche), Sexe, race et pratique du pouvoir. De même, la féministe québécoise Diane Lamoureux, qui vient de traduire en français le livre La Pensée féministe noire, de Patricia Hill Collins, explique dans sa préface ses choix de traductrice pour certains mots, comme blanchitude (inspiré de négritude) ou blanchité, mais elle ne semble pas juger opportun de s’excuser d’avoir gardé le mot « race » dans la version française.

Si on refuse l’utilisation que des féministes africaines-américaines font du mot « race », alors on devrait aussi refuser de lire Bakounine, parce qu’il a écrit un livre intitulé Dieu et l’État. Or, si Dieu n’existe pas, parler ainsi de « Dieu » ne fait que conforter les croyantes et croyants dans leur foi ! Pour éviter d’utiliser le mot « Dieu », parlons plutôt d’une « entité imaginée et divinisée ». Nous aurions donc le slogan anarchiste : « Ni entité imaginée et divinisée ! Ni maître ! ».

Désolé pour mon sarcasme…

Je considère que les anarchistes devraient être enthousiastes face à l’approche intersectionnelle, puisqu’elle propose de prendre au sérieux et de combattre tous les systèmes et toutes les formes possibles de domination, d’oppression, d’appropriation et d’exclusion. N’est-ce pas ce que propose aussi, en principe, l’anarchisme ?

Or, il faut des mots pour nommer des catégories socialement et culturellement construites, soit le sexe, la race et… la classe. Oui, oui : la classe aussi. Pour plusieurs au XIXe siècle, et sans doute encore aujourd’hui, la classe sociale est fortement influencée par la biologie et l’hérédité. On considère souvent que l’on est riche de père en fils, et pauvres de mère en fille, d’où l’idée que les mères pauvres ne devraient pas avoir trop d’enfants. L’héritage consacre officiellement et légalement l’influence biologique dans le système de classes, ainsi que les mariages qui ont lieu le plus souvent entre membres d’une même classe sociale, les choix des écoles et des activités pour les enfants, etc. En d’autres mots, la classe a beau être une construction sociale, notre appartenance de classe est fortement influencée par notre naissance.

Mais ce n’est pas parce que vous dites « classe » que vous défendez une conception biologique de la classe, ni surtout que vous défendez le système capitaliste. De même, vous pouvez dire « sexe » ou « race » sans défendre le sexisme ou le racisme. On peut évidemment préférer parler d’une « personne racisée » ou « racialisée », pour éviter le mot « race ». Mais l’important pour des anarchistes devrait-il être de s’insurger — en public — contre l’utilisation du mot « race » dans des textes écrits par des africaines-américaines antiracistes, ou de se mobiliser contre le racisme de « nos » États, dirigé aujourd’hui en particulier vers les populations « arabes » musulmanes ? Je vois mal en quoi dépenser son énergie à contrer l’utilisation du mot « race » aura beaucoup d’impact sur ce type de racisme culturaliste, au nom duquel on justifie des lois d’exception et des invasions militaires qui devraient horrifier les anarchistes (selon moi).

Mais j’ai trop parlé : sans doute sauras-tu me dire que je n’ai pas tout compris au sujet des anarchistes en France, mais aussi qu’il y a tout de même des réseaux qui adoptent une analyse intersectionnelle. Pourquoi, selon toi, ça passe dans certains réseaux, et pas ailleurs ?

***** * Irène : Avant de répondre directement à ta question, je voudrais te rejoindre sur le caractère très franco-centré de l’approche en France. Par exemple, je travaille beaucoup en ce moment sur les questions éducatives dont on sait qu’elles ont occupé une grande place dans l’histoire de l’anarchisme. Je me suis d’abord intéressée aux expériences anarchistes éducatives en France à la Belle Epoque, puis au mouvement Freinet dans lequel sont engagés nombre de militants libertaires encore actuellement. Mais, je ressentais une certaine insatisfaction du fait du caractère pas assez « politique » à mon goût des approches pédagogiques au sein du mouvement Freinet dans le contexte présent. Je me suis donc tournée vers la littérature étrangère pour voir ce qui s’y passait. C’est là que j’ai constaté que dans les aires linguistiques ibériques et anglaise, depuis les années 1980, avait émergé dans la continuité des travaux de Paulo Freire un mouvement pédagogique riche : la pédagogie critique. Pendant ce temps-là, la France était restée totalement étrangère à cet état de fait, alors que partout ailleurs les enseignants engagés en faveur de la transformation sociale se reconnaissent généralement dans cette étiquette de pédagogue critique. Or parmi les idées qui sont très présentes dans ce mouvement, je voudrai en signaler deux. La première, c’est que Freire, du fait d’un séjour d’enseignement aux États-Unis, a rencontré des féministes noires américaines, comme bell hooks, et il a acquis la conviction qu’il ne pouvait pas se limiter à définir l’oppression par la seule classe sociale, mais qu’il s’agissait de lutter également contre l’oppression de sexe et de race. La seconde idée, qui est très présente dans la pédagogie critique, comme dans le féminisme, c’est l’importance de l’expérience vécue de l’oppression.

Or je pense que l’adoption d’une analyse intersectionnelle, en France, est tout d’abord liée à une certaine « positionnalité »[21] et à l’expérience sociale subjective de l’oppression que cela construit. En réalité, avant même que la notion d’intersectionnalité arrive en France, il y avait tout un courant de recherche autour de la sociologue Danièle Kergoat qui cherchait à articuler les rapports sociaux de sexe et de classe depuis les années 1970. Mais ce travail mené par Danièle Kergoat n’est pas étranger à sa trajectoire sociale personnelle. De même, au milieu des années 2000, les chercheuses qui renouvellent ces questions en France, en s’intéressant au féminisme noir américain, comme Elsa Dorlin ou Jules Falquet, sont des personnes qui ont une trajectoire personnelle qui renvoie à une position intersectionnelle en termes de sexe, de sexualité ou de race. Cette génération de chercheuses a eu une influence sur des étudiantes et des militantes qui ont également contribué à diffuser dans le milieu militant, en particulier libertaire, ces thématiques. C’est le cas à Alternative libertaire, je suppose à la CGA, ou encore dans le milieu TPG (transpédégouine). Cette positionnalité, on la retrouve également dans certains collectifs militants comme les LOCS (Lesbiennes of color) qui développent du fait même de la nature de leur collectif (l’aide aux lesbiennes migrantes ou réfugiées) une approche intersectionnelle de fait.

Cette dimension est souvent mal comprise par les militants anarchistes hommes, blanc, hétéro, cisgenre. Ils interprètent cela comme le fait qu’ils n’auraient pas le droit au chapitre par leur nature (biologique), sans comprendre que c’est leur position sociale qui tend à les rendre aveugles à certaines questions. Nombre de militants anarchistes hommes que je connais pensent que leur vision classique de l’anarchisme suffit à répondre à tous les problèmes et ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent invisibiliser et prendre des positions qui sont dommageables à des groupes dont ils n’ont même pas conscience des problématiques et des difficultés qui se posent pour elles et eux. Ce sont des personnes qui n’ont jamais réfléchi à l’expérience subjective et aux difficultés au quotidien que peuvent vivre une femme, une personne racisée, homosexuelle, transgenre ou en situation de handicap (car il y a des approches sociales du handicap très intéressantes donnant lieu à une critique du validisme qui sont intégrées à l’intersectionnalité). Par exemple, dans un article que j’ai traduit sur la pédagogie queer, l’enseignante, qui précisait dans son texte qu’elle était lesbienne, expliquait comment elle ne faisait jamais allusion à une vie de couple pendant les cours, comment l’une de ses craintes était que les étudiants lui posent directement la question ou encore de retrouver des graffitis à caractère homophobe la concernant dans l’établissement. Autant de craintes subjectives qui n’animent pas des enseignants hétérosexuels.

Il est tout à fait significatif qu’un autre point qui a cristallisé les débats en France dans les milieux libertaires, c’est la question de la non-mixité des racisé-e-s[22], comme parfois encore celle des groupes non-mixte anarcha-féministes. C’est là un point qui me semble relever d’un désir irrationnel de contrôle d’un groupe dominant sur un groupe subalterne. J’anime parfois des stages d’auto-défense féministe. Il m’arrive souvent alors d’être contrainte de justifier la non-mixité. Mes interlocuteurs hommes, qui me poussent à cela, montrent alors des signes de gêne quand je leur demande en quoi ils peuvent avoir besoin de se défendre contre une personne qui leur met la main sur la cuisse ou aux fesses, tente de les embrasser de force ou se frottent à eux dans les transports en commun. D’une certaine manière, c’est pourtant le mouvement libertaire, qui avec l’autonomie ouvrière, a justifié l’idée qui est la base de la non-mixité : les opprimé-e-s doivent pouvoir se retrouver entre elles et eux pour parler et surtout décider sans avoir à subir dans leur propres collectifs militants la domination de leurs oppresseurs.

Personnellement, j’ai tendance à penser qu’au Québec, cette question de la non-mixité de sexe au moins est réglée. Je suppose, d’après ce que tu m’as dit auparavant, que cela doit être également le cas pour celle concernant les racisé-e-s. Est-ce que je me trompe ?

***** Francis : Ce serait sans doute mieux d’en parler directement avec les personnes concernées, car je suis justement un de ces hommes assigné homme à la naissance (cisgenre), à la peau blanche et hétérosexuel, et même d’âge moyen et de classe moyenne aisée doté d’un fort capital culturel (je suis prof d’université et je publie des livres et suis invité dans les médias). Bref, je dis parfois que je suis un mâle alpha. Ce n’est sans doute pas pour rien que j’étais plutôt réfractaire au départ au queer, et plus récemment aux trans. Il m’a fallu de nombreuses discussions et bien des lectures pour dépasser les quelques arguments que j’avançais (en fait : des préjugés camouflés en arguments), comme s’il s’agissait d’idées originales et pertinentes auxquelles les queers ou les trans n’auraient jamais réfléchi avant que j’y pense… Or, je n’ai jamais eu de souci avec la non-mixité des autres, par exemple des féministes. J’ai toujours trouvé étonnant la virulence de certains hommes qui s’énervent devant la non-mixité comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté… D’un point de vue un peu trivial, je peux me dire que j’ai bien d’autres choses à faire pour m’occuper, lorsque je suis exclu d’un événement (réunion, discussion, manifestation, etc.) en tant qu’homme à la peau blanche. Ce n’est pas si grave. Plus sérieusement, je peux surtout penser qu’il est juste et légitime, pour des subalternes, de se retrouver ensemble et sans dominants. Après tout, c’est bien ce que font les syndiqués dans leurs comités et leurs assemblées, où les patrons et les cadres supérieurs ne sont pas invités. Enfin, je me dis que même les anarchistes aiment bien avoir des moments entre anarchistes, non ? C’est l’idée des collectifs anarchistes, des maisons d’édition anarchistes, des radios anarchistes, etc. Nous n’excluons pas que nos ennemis, comme les fascistes, de certains de nos événements et de nos activités, mais aussi parfois même des anarchistes d’autres tendances, quitte à se retrouver ensemble lors de convergences et de coalitions.

Même si je crois bien que la non-mixité féminine est mieux acceptée au Québec qu’en France, elle est aussi régulièrement remise en cause, par exemple dans les syndicats où la légitimité des « comités femmes » est questionnée ou dans le mouvement étudiant, où des critiques s’élèvent contre des féministes qui proposent d’organiser des manifestations uniquement de femmes, par exemple de 8 mars ou sur le thème de « La nuit, la rue, femmes sans peur ». Je crois que la non-mixité en termes de race est plus rare au Québec, dans les réseaux mixtes de gauche et d’extrême-gauche, mais je n’ai jamais entendu des anarchistes s’en émouvoir publiquement, sauf peut-être en une ou deux occasions. Dans le cadre de mobilisations autochtones, par exemple des occupations de terres avec barricades, il est généralement entendu que les anarchistes qui s’y joignent sont des auxiliaires, c’est-à-dire que l’initiative et le processus de prise de décision doit rester entre les mains des autochtones[23]. Il s’agit d’un respect de l’autonomie des luttes, d’une compréhension des processus d’émancipation qui se résume par le slogan : « Ne me libérez pas, je m’en charge ! » Le réseau anarchiste anglophone diffuse plusieurs brochures produites par les réseaux africains-américains ou autochtones, qui offrent des réflexions pour mieux distinguer les postures d’« allié » (qui agit souvent de manière autonome pour « sauver » l’autre, ou se limite à l’expression d’une vague solidarité ou d’un appui ponctuel et distancié), d’« auxiliaire » (qui aide sur demande, effectue des taches peu valorisées, mais sans trop prendre de risque) et de « complice » (qui accepte de prendre des risques, y compris en solitaire en se confrontant directement à d’autres hommes à la peau blanche, au risque de perdre des camarades et des amis et de froisser des collègues).

Mais j’ai de la difficulté à croire que la situation soit si sombre dans les milieux anarchistes en France : avec l’islamophobie au pouvoir, la guerre en Afrique et au Moyen Orient, les lois d’urgence, et le FN qui attend son heure, n’est-ce pas un bon contexte pour mobiliser l’analyse intersectionnelle ? Et comme je le mentionnais, je connais bien des camarades en France qui ont intégré le féminisme à leur anarchisme (et vice versa), qui s’insurgent contre l’islamophobie, etc.

***** * * Irène : Les militants anarchistes sont investis dans les luttes de soutien aux migrants ou encore dans la lutte antifa contre l’extrême droite et le confusionnisme. Mais, il arrive que l’articulation soit difficile entre la lutte contre les conservatismes religieux et la lutte contre l’islamophobie. Des militants libertaires ont été impliqués contre les réseaux d’extrême droite et religieux conservateurs au moment du « mariage pour tous »[24] ou encore de la « journée de retrait » contre le genre à l’école. Néanmoins, il est intéressant de rappeler qu’à ce moment-là une autre polémique, absurde à mes yeux, avait eu lieu dans le mouvement libertaire au sujet du « genre ». Dans les milieux de la critique radicale de la technique et anti-industriels certains se sont élevés contre la notion de genre[25] voyant dans le constructivisme social un avatar du constructivisme technologique. Là encore, par simplification, on a pris la partie pour le tout. Certes, il existe des approches du genre technophiles du côté de Donna Haraway ou encore de Paul B. Preciado. Néanmoins, ces critiques omettaient de souligner que la déconstruction de la binéarité de genre avait été initiée par des anthropologues féministes matérialistes en étudiant les sociétés traditionnelles et en montrant qu’il existait des personnes dans ces sociétés qui n’étaient pas assignées à un des deux genres dominant. De même, ces critiques ne précisaient pas que les approches de genre peuvent se combiner dans des analyses écoféministes pour critiquer l’industrialisme[26].

Mais le blocage comme je l’ai dit se trouve également relativement à la notion d’islamophobie. Il faut dire qu’en France, en général, nombre de personnages médiatiques véhiculent l’idée que cette notion serait issue des milieux islamistes. On peut néanmoins s’étonner là encore de cette réduction : le Conseil de l’Europe en 2016 déplore l’accroissement en France des actes antisémites et islamophobes – or ce n’est pas une organisation islamiste. Il me semble qu’il est possible d’effectuer une analogie entre l’attitude des libertaires vis-à-vis de l’islamophobie et leur attitude vis-à-vis de l’affaire Dreyfus. Certains libertaires ne voulaient pas soutenir une personne israélite à cause de l’association que l’on pouvait trouver parfois dans l’imaginaire anticapitaliste de l’époque entre la finance internationale et le judaïsme. Heureusement, des anarchistes de l’époque ont vu au-delà du fait que Dreyfus, était un militaire issue d’une famille bourgeoise, dans cette affaire, une lutte contre une injustice produite par cet appareil d’État qu’est l’armée. Dans le cas de l’islamophobie, il ne s’agit pas de soutenir une religion, mais de considérer qu’une personne n’a pas à être physiquement agressée dans la rue simplement parce qu’elle porte un voile ou qu’une personne n’a pas à subir de discriminations simplement parce qu’elle est musulmane. Il ne me semble pas que défendre le droit à la critique des religions implique de laisser se légitimer que des actes injustes soient perpétrés contre des minorités religieuses – que cette personne porte une kippa ou un voile musulman. Ce qui est intéressant dans le rapport du Conseil de l’Europe, c’est qu’il souligne aussi bien dans le cas de l’islamophobie, de la romophobie ou de l’homophobie et de la transphobie, le fait que le personnel politique français par ses propos contribue à banaliser ces idées. Les anarchistes par leur critique de l’État en général peuvent justement contribuer à jouer un rôle dans la critique spécifique du racisme d’État : politiques anti-migratoires, politiques sécuritaires et policières ciblées contre les personnes issues de l’immigration…

Je me demandais si justement au Québec, les milieux libertaires avaient été également impactés par des controverses semblables – critique de la technique vs. genre ou encore athéisme vs. islamophobie – ou est-ce que ce sont des débats franco-français ?

***** Francis : L’islamophobie n’est pas un terme qui pose problème pour les anarchistes au Québec (NDT : Il semble pourtant l’inverse...), à tout le moins à ma connaissance. Lors du Salon du livre anarchiste de Montréal en 2015, par exemple, trois anarchistes ont présenté un atelier intitulé : « Perspectives anarchistes anti-racistes contre l’Islamophobie au Québec ». Évidemment, on pourrait espérer proposer un terme plus englobant qui ne désigne pas que la peur (phobie), mais aussi le mépris et même la haine à l’égard de Musulmanes et Musulmans. Mais c’est ce mot qui est utilisé ici au Québec et c’est la première fois que j’entends cette théorie qu’il aurait été inventé par des islamistes (ici, ce sont les réactionnaires et les conservateurs très en vue qui reprochent à ce mot d’être utilisé par les progressistes et les « bien-pensants » pour les censurer). Cela dit, il y a aussi au Québec des adeptes de la « laïcité », un terme surtout utilisé aujourd’hui pour mieux critiquer l’islam et surtout les femmes musulmanes qui portent le foulard (certains en font une véritable obsession) ; c’est le cas même dans le mouvement féministe, par exemple lors des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, qui ont duré deux ans et qui ont été le lieu d’un affrontement assez dur entre des partisanes de l’approche intersectionnelle (défendue, entre autres, par la Fédération des femmes du Québec) et des tenantes de la laïcité universaliste (défendue, entre autres, par Pour le droit des femmes)[27].

Les mobilisations pour la laïcité (et contre l’islam et les musulmanes qui portent un foulard) sont généralement associées à un parti de droite aujourd’hui disparu, l’Action démocratique du Québec (ADQ), qui avait lancé un débat au sujet des « accommodements raisonnables », et au Parti québécois (PQ), un parti souverainiste qui a pris un virage identitaire pour récupérer des votes chez ses adversaires, aux dépens d’une certaine tolérance. Ces deux partis ont une grande responsabilité quant à la crispation des débats publics sur ces questions, au Québec. Par leurs déclarations publiques et leurs manœuvres politiques, ils ont ouvert la voie à un racisme décomplexé. Notre statut d’ancienne colonie française encore fortement influencée par la France n’a pas arrangé les choses, puisque le Québec compte nombre de « passeurs » qui nous ramènent les débats de France sur le foulard (par ex., le chroniqueur Christian Rioux, du journal Le Devoir, ou Mathieu Bock-Côté, qui signe aussi des textes dans Le Figaro).

Cela dit, si je peux me permettre encore une fois une comparaison avec les anarchistes en France et au Québec, je dois dire que j’ai été plutôt surpris d’entendre un camarade français déclarer lors d’un débat sur la spiritualité et l’anarchisme, dans un café à Paris, « qu’en tant qu’anarchiste, on a le droit de critiquer toutes les religions, même l’islam ». Il s’agit d’un autre argument républicain — ou même libéral — plutôt basique. Bien sûr, les anarchistes ont « le droit » de critiquer toutes les religions, mais est-ce si important aujourd’hui pour les anarchistes ? À peu près tout le monde s’entend pour dire et répéter que l’islam produit une barbarie inhumaine, que ce soit sous la figure des talibans, d’al-Qaïda et de l’État islamique. Est-ce qu’ajouter la voix des anarchistes à ce chœur est vraiment utile pour que progressent les valeurs anarchistes comme la solidarité et le cosmopolitisme, l’antiracisme et l’antimilitarisme ? Que gagnent les anarchistes à élever leurs voix contre l’islam, alors que l’islamophobie est l’idéologie officielle justifiant une guerre permanente, et que les communautés musulmanes sont étroitement surveillées par la police, sans compter les discriminations systémiques et les attaques verbales et physiques dans l’espace public (il y a plusieurs semaines, à Québec, un euro-québécois a attaqué une mosquée et a abattu 6 Musulmans, en blessant plusieurs autres, dont un qui est depuis dans le coma).

L’histoire, pourtant, nous apprend que les anarchistes ont souvent été la cible de racisme : Sacco et Vanzetti étaient non seulement des anarchistes, mais aussi des Italiens, alors une sorte de sous-race européenne composée de gens pauvres, incultes et malpropres qui ne sauraient s’assimiler à l’Amérique du Nord. Ces Italiens n’étaient pas vraiment des « Blancs ». Quand un anarchiste italien a assassiné l’impératrice Sissi à Genève, il y a eu des émeutes contre des boutiques et des cafés italiens. De même pour tant d’anarchistes d’origine juive (Emma Goldman et des milliers d’autres) : on les présentait en Amérique du Nord comme des individus non seulement incapables de s’intégrer, mais dont les valeurs religieuses, culturelles et politiques étaient dangereuses pour la stabilité sociale et politique. Au début du XXe siècle aux États-Unis, la Loi sur l’Immigration était aussi connue sous le nom de Loi d’exclusion des anarchistes, puisqu’il s’agissait de freiner l’influence des anarchistes d’origine étrangère.

Cela dit, dans les années 1920 et 1930, des anarchistes et des communistes d’origine juive à Montréal s’amusaient à manger des sandwichs au jambon devant des synagogues, par provocation antireligieuse. Soit. Mais il me semble que ce genre d’action n’a pas le même sens quand ce sont des anarchistes et des communistes d’origine juive qui les mènent, que quand ce sont des anarchistes d’origine catholique, par exemple, car il y a alors un risque réel de faire le jeu de l’antisémitisme et du fascisme (dans les années 1930, des fascistes québécois fracassaient les vitrines de commerces juifs à Montréal, sur le boulevard St-Laurent). Je me vois mal, en tant que non musulman, aller manifester aujourd’hui devant une mosquée, considérant le contexte politique, y compris international ; peut-être faudrait-il aussi s’informer de l’avis des camarades anarchistes d’origine musulmane… s’il y en a dans nos réseaux.

Même si la situation n’est pas la même (en particulier parce que les djihadistes ne sont pas anarchistes), il me semble que cette histoire de l’anarchisme peut nous aider à réfléchir à la situation actuelle. Il faut prendre au sérieux les idées et les principes de l’anarchisme pour s’affirmer comme anarchiste, mais il faut aussi savoir lesquels doivent primer dans certaines circonstances et selon les contextes. Les anarchistes sont anticléricaux, soit, mais aussi antiracistes, solidaires et internationalistes. Ainsi, Véronique Hébert, une dramaturge métis Atikamekw originaire de Wemotaci, a présenté une performance collective intitulée Les Mots qui n’existent pas, au Festival de Théâtre Anarchiste de Montréal en 2013, puis au Festival Présence autochtone. Un de ses personnages explique que l’anarchie signifie à la fois absence de domination et « multiplicité face à l’unicité ».

À Montréal, des anarchistes ont été très impliqués dans la défense de musulmans emprisonnés à la faveur d’un « certificat de sécurité » qui permet de détenir sans accusation (et donc sans procès à venir). Des anarchistes ont aussi participé à l’organisation du Forum de la commission populaire qui dénonçait, entre autres, les mesures répressives de « sécurité » en matière d’immigration. Des anarchistes (surtout anglophones et racisés) ont participé à l’organisation de manifestations dans le cadre du débat sur les « accommodements raisonnables ». Des anarchistes se sont aussi mobilisés contre des tentatives d’implantation de Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation) à Montréal. Ce ne sont que quelques exemples d’initiatives diverses impliquant des anarchistes solidaires des musulmanes et des musulmans qui subissent au quotidien l’effet de l’islamophobie.

J’imagine bien que de telles situations sont aussi possibles en France, mais j’imagine aussi — je spécule — que les attentats islamistes contre Charlie, puis au Bataclan et à Nice, ont provoqué des ondes de chocs dans les réseaux anarchistes en France, et qu’il y a des effets de résonances entre les discours de l’État et ceux de certains anarchistes sur l’islam et la laïcité. Je repense aussi à cette idéologie officielle si forte du républicanisme universaliste, que des anarchistes peuvent adopter sans apparaitre trop incohérents par rapports à certains principes anarchistes. Peut-être que tout cela rend plus difficile, chez vous, des alliances entre des anarchistes à la peau blanche et des musulmanes et musulmans. Je me demande aussi si le poids de l’anticléricalisme n’est pas plus lourd dans les milieux anarchistes en France (est-ce aussi une question de génération ? — le milieu anarchiste au Québec est très « jeune ») ; les anarchistes d’ici sont dans la très grande majorité athées, mais cette tradition anticléricale y est moins prégnante (quoique l’athéisme de certains anarchistes peut aussi miner leur intérêt envers des mobilisations autochtones, souvent marqué par un discours très spirituel, en particulier chez les femmes). C’est curieux, puisque le Québec s’est laïcisé tardivement dans les années 1960. Mais je ne crois pas que le poids de l’Église catholique soit aujourd’hui aussi important au Québec qu’en France, comme on a pu le constater avec les mobilisations homophobes contre le mariage pour toutes et tous. Si la France se dit laïque, l’Église de France me semble encore bien trop influente et puissante : ce serait peut-être une cible plus légitime que l’islam, pour des anarchistes qui ne sont pas d’origine musulmane… Mais ça, évidemment, c’est à vous d’en convenir.
 
     
   
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    Libertaires et sans concessions contre l’islamophobie ! 2017-07-18 22:28    
  Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme.

Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d'expression sont régulièrement invoqués pour le justifier.

Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.

En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.

Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.

Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.

Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».

NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.

NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.

NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s'organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.

La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d'islamophobie(2), est qu'ils sont les porteurs d'un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l'islamophobie est la politique de l'Etat envers de nombreux fils d'immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L'islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d'intervention impérialiste de l'Occident dans le monde islamique, de l'assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités(3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l'orientalisme », l'Occident disqualifie l'Orient par le prisme de l'islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.

L'islamophobie n'est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l'inventer, mais une politique de la domination, de l'Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l'islamophobie n'est pas non plus l'apanage d'une communauté qui chercherait à se défendre. C'est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l'islamophobie n'existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l'histoire du racisme en Europe, que l'antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.

Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l'islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l'a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l'intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre(4). »

Assigner les colonisés, et aujourd'hui les fils d'immigrés, à une religion, relève d'une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n'ont peur que d'une chose : que les dominés s'emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c'est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.

Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.

Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.

L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !

Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.

Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l'on se trouve.

Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.



1. Article de Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l'incendiaire qui crie « au feu! »
 http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/180912/caroline-fourest-lincendiaire-qui-crie-au-feu
2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot :  http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/04/critique-du-concept-d-islamophobie_1728053_3232.html
3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.
4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.



Premiers signataires :

Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L'Autrement), Docteur Louarn (CNT-BZH), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Samia (BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O'Malek (Journal L'Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d'histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor), Christophe Ceresero (NPA - CLA), Simo Shmaa, Michaël Courrouyan (Quidam bordelais), Mariam Seri-Sidibe (Travailleuse sociale - NPA), Adeline Dehel (Alternative Libertaire), Devi Neserelic, Guilhem Theron (Alternative Libertaire - Sud-Etudiant ), Chris, Edouard Gloanec, Thibaut Hoerner, Marc Boué (Alternative Libertaire), Serge Quadruppani (Ecrivain, traducteur), Olivier René Faye, Hugues Pineau (Alternative Libertaire), Mathias Caldato (CNT-BZH), Faiçal Marzaq (Communiste libertaire marocain), Michaël Jacques (FA), Ronny Guinguette (Alternative Libertaire), Soraya El Kahlaoui, François Brun (NPA), Fahima Laidoudi (Militante Anticapitaliste des Quartiers Populaires), Nino (CNT-Lille), Charles Lemoine, Samia Ammour (Féministe internationaliste), Timothée Chopin, Monsieur Saï, Duval Mc, Dany (Alternative Libertaire), Absone Samsa (Chômeur), Samuel Morville (Alternative Libertaire), Bilal/Robin Meerbergen (Educateur - Bruxelles), Jean-Marc Capellero (Alternative Libertaire), Donà Denis, Gwenola Ricordeau, Lola Gonzalez-Quijano, Mathieu Rougier (Comités Syndicalistes Révolutionnaires - Redskins Limoges), Pierre (Sud-Etudiant), Geosmin Petrichor, Valérie de Saint-Do, Charlette Ternaux, Bruno Bourgarel, Samuel Hayat (Enseignant-Chercheur en science politique), Zoé, Sébastien Marchal (Alternative Libertaire), Gisèle Felhendler (Militante internationaliste, antiraciste et anticolonialiste), Antoine Lacoste, Geko, Bastos, Aubry, Alexandru Stefan (Communiste libertaire et immigré roumain), Rotabé (Union antifasciste toulousaine), Hervé Fuyet, Céline-Mèméd (Rêves...olutionnaire), Sreyo (La Casa DIY, Antifa Grenoble), Jam Cavarec (Travailleur indépendant), Martine Masquerel, Jean-Guy Greilsamer (UJFP), Michèle Sibony, François de Reilhan (Altermondialiste), Zaidi Nasséra (Enseignante, citoyenne et fille d'immigrés), Dominique Bourdel, Thibaut Michoux (NPA), Sélim Nadi, Pierre Stambul (Communiste libertaire et militant antisioniste pour la Palestine), Amale Samie (Anarchiste - Casablanca), Stéphane Lavignotte (Militant écolo-libertaire, pasteur, membre de la coordination du Christianisme social), Noëlle Guilbon (Militante féministe), Reda Kellil, Daniel Lévyne (UJFP), Irène Steinert (UJFP), Dominique Ventre (UJFP), Georges Gumpel (Retraité, juif, UJFP), Suzanne D'Hermies (Enseignante, Collectif des Féministes Pour l'Egalité et Mamans toutes Egales), Christine Delphy, Jean-Jacques Rue (Cinémas Utopia / Siné Mensuel), Abdelaziz Chaambi (Président de la Coordination contre le Racisme et l'islamophobie), Rodrigo Avellaneda, Stéphanie Fernàndez Recatalà, Indicible, Munia Ewanjé Epée Boggio (NPA), Sébastien Prieur (Comédien), Tarik Bouriachi, Messaouda Benraad (Mille babords-Marseille), Freez (Stamina), Florian.T.Pier.R (Alternative Libertaire), Keyes (CNT-Lille), Alexandra Josse (Association d'éducation Populaire Gudule et Galipette), Samuel Burette (CNT), Clémence (Alternative libertaire), Philippe de Reilhan, Aurélien Botteaux (OCL Strasbourg), Caroline Kappes, Jacques Livchine (Metteur en songes), Claudine Duss (Libertaire anarchiste), Édith Rappoport (Malakoff), Félicien (Union Antifasciste Toulousaine), Ludovic Soudant (Alternative Libertaire), Leila Larabi (Habitante des quartiers populaires), Gérard Deneux, Odile Mangeot (Amis de l'émancipation sociale Nord Franche-Comté), Zézette Diaz Torres (79), Mireille Baylet (Grenoble), Ana Minski, Fred M (Tchoppendoz), Nathalie Bruneau (Enseignante-Saint-Nazaire), Nicolas Semaille (Militant antiraciste et contre l'impérialisme-Belgique), Soni (Rappeur-Attentat Suicide-Suisse), Mamen Zerrouki (Artiste auteur compositeur-Brunoy), Fabrice Hugues (Etudiant), Ntozake Strydom (Blend it), Frédéric et David (Collectif Feu de prairie), ScomStéfanie (Infographiste), Dalila Hamdaoui (Anarcho-tiers mondiste), Manu Riondé (Journaliste), StickySnake (L'Alerte Rouge-CNT STAF 29), Florence M (CNT), Léna Legendre, Danièle Ferdinande (Lompret - 59), Fath Allah Meziane (Travailleur social), Kiddam (Rappeur), Ivar Petterson (Genève), Philippe Donati (Paysan du 01), Alain Ancel, Ghania Hammadou, Félix Ibrahim Schweiter-Diallo (Musicien - Zurich), Anto, Bronson, G.L (Bruxelles-Alternative Libertaire), Tom Montel (Sud étudiant), Nathalie Mathieu, Hélène Vincentini (Collectif Générations Spontanées contre le racisme et l'islamophobie - Toulouse), Mouhad Reghif...

 http://www.bboykonsian.com/Libertaires-et-sans-concessions-contre-l-islamophobie-_a2635.html
 
  sans concessions  
    - 2017-07-19 15:15    
  le troll vient de coller ce texte pour la millième fois = félicitations boloss  
  -  
    sans concessions 2017-07-19 22:35    
  Depuis le début des fortes mobilisations contre le projet de loi travail Valls-El Khomri, voilà que le voile réapparait subitement dans le débat médiatique et politique, (propos de Rossignol sur la mode islamique, propos de Valls proposant l’interdiction du voile à l’université). Une nouvelle fois, les sorties islamophobes des responsables politiques, systématiquement relayées par les grands médias, font offices d’écrans de fumée permettant d’occulter les questions réellement importantes (casse du code du travail et hypothèque de notre avenir, affaire Panama Papers, violences policières,…). Tous ces sujets deviennent inaudibles, le problème devient le méchant voile ! On constate donc que le racisme n’est pas une question indépendante qui n’aurait pas de rapport avec la mobilisation actuelle, au contraire, il nous concerne tous plus que jamais.

L’islamophobie s’est installée en France, comme instrument de pouvoir visant à stigmatiser les musulman-e-s, souvent à travers la figure de l’arabe et du noir issus des quartiers populaires. L’islamophobie est le racisme qui vise le rejet des personnes de confession musulmane ou perçues comme telles. Ce racisme joue sur la peur d’une fantasmée « islamisation de la France », et pour ces raisons, son expression peut aller de la xénophobie classique jusqu’à un rejet qui se cache, consciemment ou inconsciemment, derrière la défense de la laïcité et la critique de la religion. L’islamophobie s’est matérialisée en France, sur les plans juridique et institutionnel autour des affaires de voile (débat et de la loi de 2004 visant le foulard à l’école, 299 et lois visant le nikab, circulaire Châtel visant les mères voilées accompagnatrices de sortie scolaire).

Nous, militant-e-s libertaires, anticapitalistes, décoloniaux, internationalistes, luttons contre toutes formes de dominations d’Etat, contre le sexisme, pour une société autogérée, solidaire et égalitaire et considérons que la lutte radicale contre l’islamophobie d’Etat constitue dans la période actuelle un enjeu majeur :

– car il s’agit de la construction d’un racisme respectable, qui depuis 30 ans vise à remettre à la place d' »invisible » et de « subalternes » celles et ceux qui parmi nous, français-e-s issu-e-s de la colonisation, immigré-e-s et plus généralement les habitant-e-s des quartiers populaires racisé-e-s, chaque fois qu’il nous vient l’idée de nous révolter, de réclamer l’égalité et la justice. Pour ces raisons nous combattons également les injonctions à l’intégration-assimilation qui accompagnent l’islamophobie et toute autre forme de racisme.

– car l’islamophobie justifie la xénophobie, la chasse aux sans-papiers et aux réfugié-e-s (avec l’argument selon lequel il faudrait stopper l’immigration qui « islamiserait la France »). Au nom de la lutte contre le terrorisme on justifie la répression, le recul des libertés (Etat d’urgence actuel) on justifie les violences policières et on justifie également les guerres impérialistes (depuis 15 ans: Afghanistan, Irak, Mali, Syrie, Libye etc.), dont les vrais motifs, nous le savons, sont économiques et stratégiques (pétrole, gaz, uranium). On justifie également le soutient à l’apartheid israélien (Israël perçu comme rempart du monde libre face aux « barbares musulman-e-s »), à l’instar de la pensée du projet sioniste.

– car l’islamophobie crée et justifie des discriminations (légales, comme les lois visant les femmes voilées, et illégales, comme le délit de faciès en direction des musulman-e-s) qui soumettent toujours davantage à la précarité les travailleurs et travailleuses des quartiers populaires, contraint-e-s au déclassement professionnel par peur du chômage, et ceci pour le plus grand plaisir du patronat.

– car l’islamophobie touche avant tout les femmes en termes de violences et d’agressions. Les lois anti-voile répriment et excluent des femmes, stigmatisent et infériorisent les femmes voilées en les présentant à la fois comme victimes et coupables.On leur refuse ainsi toute parole politique, l’islamophobie a donc une très forte dimension sexiste.

– car l’islamophobie favorise la montée de l’extrême droite et de tous les courants réactionnaires, tandis que le « deux poids deux mesures » entretenu par Valls entre islamophobie et antisémitisme favorise la montée de ce dernier notamment en suscitant une forme d’hostilité intercommunautaire, qui nourrie les courants réactionnaires et complotistes divers qui n’hésitent pas à exploiter ce vieux fond de commerce qu’est l’antisémitisme.

– enfin, car comme tous les racismes, l’islamophobie divise les travailleurs et travailleuses que l’on oppose à celle et ceux des classes populaires au profit du patronat (diviser les travailleurs et travailleuses en fonction de l’origine, la couleur ou la religion et unir le patron et le travailleur blanc ou la travailleuse blanche contre l’autre, l’immigré-e, les non blanc-he-s, musulman-e-s désigné-e-s comme bouc-émissaires). Elle divise aussi les immigré-e-s, les habitant-e-s des quartiers et même les musulman-e-s entre elles/eux, mais divise également et oppose les femmes entre elles. Or pour combattre toutes les dominations, pour réclamer la justice, il faut s’unir!

Nous, militant-e-s libertaires, constatons que l’ensemble de la classe politique est traversée par l’islamophobie (au nom d’une soi-disant laïcité), y compris dans le mouvement social, l’extrême gauche et le mouvement libertaire (au nom d’un athéisme fourvoyé), et pour ces raisons nous décidons de nous engager radicalement contre l’islamophobie, de favoriser et d’accompagner l’engagement des premier(ère)s concerné-e-s et visé-e-s par ce racisme, et nous unir quelque soit nos origines sociales, raciales ou de genre , croyant-e-s et non croyant-e-s, voilées et non voilées, afin de construire la solidarité populaire dont nous avons besoin en ces temps de régression sociale et de durcissement sécuritaire, mais également afin de porter haut et fort nos aspirations communes en vu de l’émergence d’une société solidaire, égalitaire et libertaire.

Qui sommes-nous?

Le collectif « libertaires contre l’islamophobie » regroupe des militant-e-s libertaires de tendances et d’horizons diverses, engagé-e-s dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes dont la lutte contre l’islamophobie. Encore insuffisamment reconnue par notre camp voire même contestée par certain-e-s, nous avons lancé en 2012 un premier appel « libertaire et sans concessions contre l’islamophobie » afin de provoquer une prise de conscience collective. Suite aux attentats de 2015 et de leurs conséquences, nous avons décidé de continuer à investir cette lutte plus que jamais d’actualité. Conscient qu’il est désormais temps de passer à l’offensive, le collectif « libertaires contre l’islamophobie » se donne les objectifs suivants :

-Susciter une prise de conscience collective sur cette forme de racisme qui touche l’ensemble des musulman-e-s à travers le monde et plus particulièrement les femmes.

– Se mobiliser dans les initiatives de luttes contre l’islamophobie aux côtés des premier-e-s concerné-e-s

– Participer à la construction d’un rapport de force afin de relancer un mouvement et un élan de solidarité antiraciste radicale unissant toutes les victimes du racisme d’État, sans laisser de catégorie sur le bord de la route.

– Ancrer la lutte contre l’islamophobie dans la lutte globale contre la société de classes et le système capitaliste qui la génère, de même que toutes les formes de dominations, d’oppression et d’exploitation.

– Combattre toute légitimation argumentaire islamophobe au nom des idées libertaires et ainsi opposer un message fort: « Pas d’islamophobie au nom des idées libertaires! »

Lorsque un folklore faussement libertaire est utilisé pour justifier l’islamophobie, ou lorsque cela gangrène notre camp politique tout comme l’ensemble du camp progressiste, nous disons clairement non, et seront là pour nous y opposer.

Nous tenons également à réfléchir aux causes de la « radicalisation » nihiliste et autres dérives et adhésions aux courants réactionnaires, et donc à nous engager à lutter contre ces idéologies mortifères, les bases matérielles sur lesquelles elles prospèrent.

Ajoutons à cela notre volonté de combattre les logiques d’exclusions qui apparaissent parfois au sein du milieu militant et libertaire à l’encontre des personnes croyant-e-s en générale, et musulmane en particulier. Il n’y a pas d’incompatibilité pour nous à être croyant-e ou non, pratiquant-e ou non, voilée ou non ET libertaire, même si nos points de vue peuvent diverger sur ces questions. Pas d’injonction à l’athéisme, à l’invisibilité religieuse ou à l’uniformisation pour être libertaire.

Contact :  libertairescontrelislamophobie@hotmail.com
 
  sans concessions  
    - 2017-07-22 20:47    
  le troll vient de coller ce texte pour la millième fois = félicitations boloss  
  ------------------*--------------------------  
    qui? 2017-07-23 19:58    
  qui lit toutes ces conneries pour désoeuvré de toute façon?  
  alaq  
    qui ? 2017-07-23 22:16    
  qui lit toutes ces conneries ?

par exemple les tolls qui ne peuvent pas s'empêcher de les lire
 
  trop facile  
    je suis dessinateur de presse et je ne suis pas Charlie 2017-07-24 13:32    
  Halim Mahmoudi est dessinateur de presse franco-algérien. Depuis plus de quinze ans, il travaille pour la presse française et étrangère. C’est ainsi qu’il a rencontré l’équipe de Charlie Hebdo et noué des liens avec eux, notamment avec le dessinateur Tignous, décédé lors des attentats de Charlie Hebdo. Après ce mois de commémoration des attentats de janvier 2015, il a voulu s’exprimer et dévoiler son regard, critique, sur la notion de caricatures et mettre en lumière une autre voix du métier qui peine à se faire entendre.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre travail de dessinateur de presse ?

Je collabore ponctuellement avec des journaux différents. Je n’ai pas de journal de prédilection, même si je travaille très régulièrement avec le Psykopat ( mensuel BD d’humour) et les éditions du groupe La Rumeur. Car ces rencontres sont précieuses et rares, la liberté d’expression y est réelle, et aussi respectueuse que respectée. Malheureusement, ailleurs, dans la plupart des journaux, la liberté d’expression est enrayée par des considérations qui n’ont rien à voir avec le journalisme. La peur de perdre des lecteurs, un espace publicitaire ou celle des procès. C’est ici que la médiocrité, le nivellement par le bas et la censure se nichent.

Quand on réalise un dessin, peu importe le journal, on fait d’abord des propositions. C’est ensuite les rédacteurs en chef qui décident quel dessin sera publié, en fonction des considérations citées plus haut. Au détriment de l’humour et de l’intelligence car, en général, le dessin choisi est mou, voire carrément nul. Le dessinateur de presse le sait, et il s’autocensure en fonction. Un dessinateur qui ne s’autocensure pas respectera, de toute façon, naturellement, toutes les sensibilités. Il sera guidé par sa part d’humanité et son bon sens. Il invitera à rire avec lui, il gardera en tête qu’il fait de l’humour. Mais l’existence des règles, la précarité du milieu, le carriérisme et la muselière juridique ont créé une impasse. On n’exprime plus que des clichés, des choses préalablement mâchées et admises comme vérités. Plus le temps de réfléchir, ni dans un article ni en dessin. Il faut produire, plaire, survivre, vendre. D’où le règne des évidences, des conclusions hâtives, et outrances décomplexées bâties sur du vide. Aucune "révélation", aucune injustice n’est suivie par des faits, le journalisme n’a plus de pouvoir car la police cadre le périmètre et la justice verrouille. L’actualité a remplacé l’information dans un perpétuel zapping. On passe sans arrêt à autre chose. Ça a déresponsabilisé les médias en les déculpabilisant. Cet angle mort est un "aléa moral" qui est apparu quand des actionnaires ont pu s’offrir des journaux... L’actualité n’est pas de l’information, c’est de la publicité, de la propagande. Et le dessin de presse n’a pas échappé au rouleau compresseur...

Depuis 2005, le moindre dessin dans un journal est appelé une caricature. En dépit de toute analyse graphique de base. Alors que si on ne fait pas dans la caricature, il y a une bonne raison. La caricature est mauvaise ! Mais aucun dessinateur de presse n’a trouvé étrange, et tous se sont laissés mettre une laisse de "caricaturiste" sans broncher. Nous avons servi la soupe aux mêmes incultes en col blanc qui auparavant ne s’étaient jamais gênés pour entraver notre liberté d’expression. Autant à l’étranger on peut tout aborder à condition de n’insulter personne, autant en France, on peut insulter qui on veut, mais on ne doit pas tout aborder. Par exemple, il sera plus facile de blasphémer une religion que les symboles de la République, ou encore rire d’une tuerie en Égypte oui...mais pas des attentats de Charlie Hebdo... Sous prétexte que Charlie Hebdo n’a fait que 7 couvertures sur l’Islam (sans compter les BD) et 13 sur l’Église, cela prouverait que Charlie n’est pas islamophobe. Ce raisonnement comptable est de la mauvaise foi à l’état pur ! C’est comme faire le décompte des blagues racistes de Marine Le Pen. Si elle en faisait plus sur les juifs que les arabes, ça voudrait dire qu’elle est antisémite, mais surtout pas raciste ?

C’est ça l’obscurantisme, le vrai. Celui qui détourne l’attention pour éviter la moindre analyse d’image sérieuse, avec des arguments et des faits. C’est à la portée de n’importe qui. Sauf qu’en un an, personne n’a réalisé d’étude visuelle des caricatures. Tout ce à quoi nous avons eu droit, c’est un étalage d’ignorance totale convoquant des vagues principes fondamentaux et complètement contradictoires. Après les erreurs, les mensonges, il fallait sauvegarder les apparences...

Comment en tant que dessinateur de presse, vous êtes-vous positionné sur le fameux “je suis Charlie” ?

Suite aux attentats de janvier, j’étais tétanisé par le choc, le refus d’y croire… Je connaissais les dessinateurs, et la douleur m’a submergé d’autant plus fort (particulièrement Tignous que j’avais revu 6 mois auparavant. On avait envie de faire quelque chose ensemble sur le TAFTA - Grand Marché Transatlantique). J’ai perdu des amis, des êtres humains, et non pas un journal. Et encore moins un état d’esprit que de toute façon je ne partageais pas.

Hors de question pour moi d’être Charlie ! Être Charlie ne veut strictement rien dire, ce n’est pas un trait d’identité... Ne pas être Charlie voudrait dire qu’on est contre la liberté d’expression, ou que l’on cautionne la barbarie. Pas de juste milieu. Aucune réflexion n’est autorisée, le totalitarisme prévaut. Le but était d’étouffer la liberté de penser par la liberté d’expression. Et ça a réussi. On est allé jusqu’à condamner des gens comme Tariq Ramadan de dire "je suis Charlie mais..." ou "oui pour la liberté d’expression mais...". Pourtant, ce n’est pas l’esprit critique qui est interdit, car des gens comme Emmanuel Todd ont pu librement critiquer Charlie. Ce qui est vraiment interdit, c’est d’être porteur d’une autre culture, une autre origine. Nous (les autres) apparaissons comme un danger pour leurs démocraties (les discriminations, les lois d’exceptions en sont la traduction concrète). Ces questions raciales ont toujours agité toutes les sphères d’un État qui n’a eu de cesse de ramener nos revendications d’égalité et de dignité à de simples questions identitaires. L’attitude post-coloniale raciste par excellence !

Moi, comme tout arabe ou noir en France, le moindre attentat m’a fait craindre que ce ne soit encore un des "nôtres" qui ait mal agi au nom de la religion. Il nous fait craindre d’être encore (et toujours) pris pour cible. Et ça finit toujours par arriver ! Mon dessin (ci-dessus) était ironique : Il disait que dans mon cas, ça allait être compliqué, voire impossible que je me joigne à la population française. Je disais "non" sans le dire ! Ce n’est même pas le luxe d’un positionnement de ma part, c’est de la salubrité morale. On est juste pas du même monde. Je n’ai pas découvert les gardes à vues entre 2007( grâce à Sarkozy qui avait généralisé la bévue aux classes supérieures), ni les violences policières en 2014 avec Rémy Fraisse. Leur conception de la liberté d’expression et de la satire, je m’en tape sérieusement !

Ils se permettent le luxe de questionner notre aptitude à l’humour, au second degré et à la liberté. Mais s’ils combattent tant l’obscurantisme c’est parce qu’ils le sont. L’obscurantisme est le reflet de leur ignorance. Le dialogue est inexistant. Ils lancent des petites balles dans notre direction, et on se fatigue à leur répondre, à se justifier dans le vide (intégration, laïcité, port du voile, le Hallal, déchéance de la nationalité, assignation à résidence...). Ils font des lignes de démarcation entre nous (insérés ou clandestins ? intégrés ou racailles ? modérés ou fondamentalistes ? laïcs ou barbares ?!). Est-ce que nous les traitons de cette façon, nous ? Non, le problème est là. Et je pense que nous avons tort... L’expérience de Stanford menée aux États-Unis dans les années 70 a démontré les effets pervers de l’autorité et de l’obéissance en présence d’une idéologie légitimée (sociale ou culturelle). L’expérience a révélé que ceux qui subissaient l’autorité, les "sujets" se constituaient prisonniers. Le rôle qu’on leur attribue les dépasse et conditionne leur comportement. Ils deviennent "fragiles et perturbés". Quant à l’autorité, elle surjoue son rôle, se sentant renforcée, elle abuse de son pouvoir encore et encore.... jusqu’à écraser le sujet. L’autorité totalitaire que nous subissons en France aujourd’hui relève de cela. De la même violence. Elle ne comprendra que le rapport de force ! Comme après les émeutes de 2005 qui ont forcé le gouvernement à débloquer le gel des subventions allouées aux associations de quartiers. C’est l’État qui doit être notre sujet, pas l’inverse. Donc non, ce n’est pas compliqué, je ne suis pas Charlie, parce que je n’ai pas le "gueule de l’emploi" voilà tout..

Juste après les attentats de janvier, vous avez été très sollicité et vous expliquez que des demandes de dessins vous ont été censurés notamment dans le cadre d’une exposition collective sur la "liberté d’expression", pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

C’était juste après les attentats, il y a un an. Je recevais plein de demandes et d’invitations à dessiner en faveur de Charlie, de la défendre la liberté d’expression et tout ça. Là j’aurai pu être publié partout, avec un crayon qui pleure, ou qui se fâchent tout rouge. Mais j’ai décliné, d’abord parce que j’étais encore en deuil, il s’était à peine passé quelques jours... Je ne sais pas comment les autres faisaient mais moi, je n’avais pas la tête à cela. Avoir perdu quelques amis m’a dévasté le coeur ! Ensuite voir le racisme se propager, dans les actes islamophobes, les journaux, les mots, les abus et bavures sécuritaires m’ont blessé davantage encore. Nombreux de mes collègues dessinateurs de presse perdirent la tête dans une espèce d’hystérie guerrière contre l’obscurantisme. Ils réclamaient le droit de blasphémer comme si blasphémer c’était remettre en question quoique ce soit. En confondant un dessin satirique avec une caricature. Ils voulaient la liberté d’expression totale et non négociable, et seulement à partir du moment où des confères étaient morts pour des dessins.... Comme si avant ce drame, c’était la fête au village !

C’est dans ce contexte là que j’intéressais les médias. Un dessinateur de presse satirique français de culture musulmane qui chante la marseillaise, ça serait idéal. Sauf que les journaux veulent entendre le dessinateur, mais pas l’arabe. Mes réponses à leurs interviews furent censurées, parce que je retournais cette sale histoire des caricatures comme une crêpe. Et donc pas de publication au motif que ça pourrait "poser problème".

L’exposition collective sur la liberté d’expression s’intitulait "Faut rigoler". Elle était en hommage à Wolinsky dessinateur de Charlie Hebdo. C’était lors du "Maghreb des Livres" qui eu lieu à la Mairie de Paris début Février 2015. J’avais envie de faire des dessins alternatifs, offrir une voix différente, habituellement réduite au silence. Comme la mienne ou celles de nombreuses personnes arabes, noires et/ou musulmanes qui allaient venir au Maghreb des Livres. J’avais envie qu’ils voient d’autres dessins, une autre conception de la liberté d’expression, vécue de l’intérieur. Les erreurs et les mensonges de Charlie Hebdo. Je voulais leur "parler", dire quelque chose de positif sur nous qui étions isolés, pris en otages par le traitement post-charlie. Deux petites heures après que j’ai accroché mes dessins au milieu de ceux des autres, ils ont tous été retirés. Entre temps, Anne Hidalgo était venue dire bonjour avec ses sbires. On m’a dit que des gens s’étaient offusqués de mes dessins. Pourtant moi j’en avais vu qui riaient et prenaient même des photos. Alors je ne comprenais pas... Mais tant pis, je n’ai pas insisté.

Quelques journaux et revues communautaires ont eu vent de l’affaire, et me signifiaient qu’ils voulaient me soutenir. Qu’il ne fallait pas que l’on se laisse écraser de la sorte par la chape de plomb qui s’était abattue sur nos communautés. Mais un seul dessin à été publié dans un seul de ces journaux. Avec une petite annotation pour expliquer ou justifier je ne sais quoi.. Les autres ont fait comme on le fait d’habitude, raser les murs. Ils étaient peut-être tenus par des subventions, des publicitaires, ou l’envie de ne pas faire de vagues, je ne sais pas. Tout ce silence m’a fait encore plus mal. Nous sommes beaucoup plus que divisés, complètement isolés les uns des autres. Il n’y a pas pire censure au monde que la nôtre propre !

Vous contestez l’idée de liberté d’expression qui est brandie lorsque l’on parle des caricatures en évoquant la citation d’Henri Gustave Jossot (fondateur de l’Assiette au beurre, magazine hebdomadaire humoristique et satirique illustré français fondé le 4 avril 1901), "la caricature est un exutoire de la haine". Et vous allez plus loin en faisant le parallèle entre les caricatures haineuses à l’encontre des juifs des années 30 et celles d’aujourd’hui à l’encontre des musulmans. Pourquoi ?

Exactement ! C’est même plus qu’un simple parallèle. Il s’agit de la même chose, la même peur qui fabrique la même logique de haine. L’obscurantisme occidental se réclame de la raison, comme le disait Pierre Bourdieu. L’islamophobie vise moins la religion que les cibles "étrangères" habituelles avec les mêmes clichés racistes. Tout ce qui est culturellement visible, différent, étranger, et non blanc est dangereux, c’est de la propagande, rien d’autre. Les caricatures de l’ "Infâme Juif" du début du XXe siècle participaient du même délire collectif guerrier au nom des intérêts industriels. Cette époque était en crise comme aujourd’hui. Les médias mordaient la poussière ou mettaient la clé sous la porte. Henri Jossot, lui, est parti vivre en Tunisie en voyant le désastre de ses concitoyens qui allaient faire la guerre pour des industriels. Il s’est même converti à l’islam ! Mais cela personne ne le dit aujourd’hui, que l’un des plus grands dessinateurs satiriques français a eu cette vie, et cette indépendance là. Tout semble concourir pour que le monde arabe ne soit pas reconnu comme une grande civilisation, mais plutôt comme un ennemi trouble et ambigu.

Les caricatures anti-juives d’avant-guerre sont les mêmes si on les regarde bien. Ce sont des portraits grossiers insultants, soulignant une menace, un danger par l’entremise de traits physiques exagérés qui aujourd’hui sont devenus des traits de contours psychologiques dangereux. La liasse de billet remplace le faciès avare des juifs. La bombe ou le couteau illustre la menace fantasmé que représente le monde arabe aux yeux de l’Occident. Les caricatures illustrent moins les gens qui sont représentés que la vision qu’en ont ceux qui dessinent, et observent. La caricature traduit surtout le racisme. C’est pourquoi elles sont les mêmes aujourd’hui, qu’en 1930. Particulièrement celles du Jylland Posten. L’Occident a défendu des caricatures qui graphiquement sont identiques à celles des nazis et antisémites, une charge portraiturée, sans titre, sans dialogue ni mise en scène, aucune volonté de faire rire ou réfléchir. Rien n’est plus explicite et directe qu’une caricature. C’est une attaque, rien d’autre ! Absolument rien d’autre que la violence d’une peur exprimée par des sentiments racistes. On déshumanise complètement non pas un seul individu, mais toute une communauté d’appartenance, d’origine, ou de croyance. C’est de l’appel à la haine raciale. Elle n’appelle que la violence de masse, la vindicte populaire, la condamnation en place publique. L’abominable déshumanisation de l’autre. Quand on déshumanise quelqu’un, comme les juifs avant ou les musulmans aujourd’hui, on prépare les pires passages à l’acte, les violences de masse les plus meurtrières.
Est-il nécessaire de rappeler que les caricatures juives d’avant guerre sont interdites grâce à la Shoah ? Que la moindre caricature qui indigénise un africain est jugée raciste seulement grâce à l’esclavage ? Que la caricature est donc bel et bien le dessein du pire des racismes, et que malheureusement seul un drame absolu peut l’ "invalider" ? C’est tout cela la caricature en regard de l’histoire, si nous la regardons en face. Et si nous ne confondons pas dessin d’humour avec caricature.

Au plus fort du procès de Charlie Hebdo, un autre dessinateur, ancien collaborateur de Charlie a été condamné pour avoir caricaturé un flic avec un groin de cochon. On peut donc caricaturer un prophète mais pas un flic... Et la raison est simple parce que la caricature est dangereuse. L’État l’a bien compris. La loi condamne le blasphème des symboles nationaux ! La haine du drapeau, la haine de la République est condamnable...mais pas la haine des religions. C’est dangereux, car on stigmatise une population pour une appartenance (culturelle, ethnique, religieuse..) et on la montre comme cible à éliminer, à abattre. On fabrique le même consentement qui a convaincu l’opinion publique de l’infériorité des indigènes africains, ou de l’extermination des juifs comme salubrité nécessaire.

Aujourd’hui comment êtes-vous perçu dans la profession ?

Je ne sais pas si je suis réellement ou pas du tout isolé. Ni comment je suis exactement perçu par mes pairs. Et le mieux est de ne point s’en préoccuper, j’y perdrais mon énergie, et ma santé. Comme le dit l’adage "Il vaut mieux être détesté pour ce que l’on est, qu’être aimé pour ce que l’on n’est pas".... N’importe qui serait d’accord avec cela.

La perception, les relations ne sont jamais exprimées clairement. Sinon, elles passeraient pour ce qu’elles sont réellement, de l’intolérance et de l’étroitesse d’esprit. Quand cela arrive, vous êtes juste gentiment poussé vers la sortie, ou la marge (silence des journaux et festivals de dessin de presse). Peu importe que je puisse avoir connu Charlie Hebdo, et avoir été ami avec Tignous, ce n’est pas cela qui est pris en compte. Les attentats ont, bien entendu, cristallisé les passions mais même avant, c’était déjà comme ça. Il vous suffisait de faire des dessins un peu trop dérangeants et vous n’étiez simplement pas invité à publier dans tel journal. Ainsi, un dessin qui critique les militants trouvera plus facilement sa place dans Les Échos, ou Le Figaro, que dans un journal comme Libération ou Politis. Le pire, ce sont des dessins qui se moquent de la cabbale contre Dieudonné, de l’unité nationale, de l’esprit Charlie ou tout ce qui va à contre courant de la pensée dominante. Les dessins les plus satiriques en France font dans les lieux communs comme le racisme, le sexisme, le patronat ou les dérives politiques. La liberté d’expression est délimitée.
Le dessin de presse est un milieu très particulier, comme tous les métiers d’arts. Les individus ont des "carrières" à gérer, ce qui explique l’absence, ou la faible solidarité dans ces milieux-là. Ceux qui réussissent à percer, referment la porte derrière eux, et pérennisent leur carrière ad-nauséum. Le dessin de presse n’échappe pas à la règle. Les journaux publient des noms, des signatures connues. Les dessinateurs font des OPA individuels, ainsi Cabu salarié à Charlie, l’était aussi au Canard Enchaîné et dans d’autres journaux. Plantu est le dessinateur du Monde, de L’Express et la fête continue... Ils verrouillent les entrées. Ils sortent des livres, exposent partout, vendent des originaux.

Ce qui explique qu’aujourd’hui, ce sont ces gens-là qui ont la parole. On les écoute en boucle, sur le métier de dessinateur de presse et la liberté d’expression. A répéter ce qu’on leur a demandé de dire, que le métier est devenu un petit peu dangereux, qu’un dessin c’est pas bien méchant, et que la liberté d’expression, elle, est belle.

J’étais allé voir Charlie Hebdo après l’incendie de leurs locaux. Tout le monde était absent ce jour-là, il n’y avait qu’une femme dont je ne me rappelle pas le nom. J’avais apporté des dessins satiriques qui remettaient clairement leurs conceptions de la caricature et de la liberté d’expression en cause. Je voulais leur apporter un point de vue différent, une ouverture, une issue. Cette femme a regardé les dessins et s’est mise en colère, elle ne comprenait pas ma démarche, m’a dit que je n’avais qu’à apporter ces dessins au Figaro. Même en lui expliquant, elle restait campée sur ses positions. Hors de question de remettre en cause la ligne de Charlie, surtout pas dans le journal. Elle haussa le ton avec ses grands gestes, son impatience. Mes dessins avaient fait mouche. Plus tard, j’en ai discuté avec Charb qui avait pris le temps d’écouter, et de comprendre mon point de vue. Il admit même que mon avis sur les caricatures était pertinent. Mais pour lui, la liberté d’expression était tout ce qui importait. À chaque argument, il opposait le risque de recul sur les libertés. Il n’y avait rien à faire... et surtout pas de terrain d’entente. Sinon, ça reviendrait à donner raison à ceux qui avaient tort. Mais dans ce cas là, qui avait tort ?

Propos recueillis par l’équipe de Contre-attaque(s)

 http://contre-attaques.org/magazine/article/halim-mahmoudi
 
  Halim Mahmoudi  
    Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnaire 2017-07-25 04:22    
 

Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.







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Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite), à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.



 https://bataillesocialiste.wordpress.com/
 
  https://bataillesocialiste.wordpress.com/  
    Libertaires et islamophobie 2017-07-25 23:24    
  Protestation devant les libertaires d’hier sur leur capitulation devant la pensée dominante et l’union sacrée

Il faut beaucoup de courage à des libertaires, par les temps qui courent et dans le ralliement quasi général autour de l’union nationale et les valeurs de Charlie Hebdo, pour continuer le combat antiraciste malgré toutes les pressions pour faire de l’antisémitisme le SEUL racisme et occulter particulièrement l’islamophobie, qui est bel et bien le racisme dominant aujourd’hui.

A preuve ces réactions proprement scandaleuses contre les antiracistes :

Dix questions aux « libertaires » sur l’« islamophobie » et le racisme (on remarquera les guillemets, qui en disent long sur les sous-entendus)

 http://www.mondialisme.org/spip.php?article2230

Protestation devant les libertaires d’aujourd’hui sur les capitulations devant l’islamisme

 http://www.autrefutur.net/Protestation-devant-les

Ceci est la réponse à « Autre Futur », qu’on ne trouvera évidemment pas chez les nouvelles recrues de la « liberté d’expression » à la mode Charlie.

Islamophobie_01-medium
Les méthodes pédagogiques des nouveaux libres-penseurs

On ne peut qu’être atterré de voir comment d’anciens compagnons de route peuvent se trouver des ennemis de substitution pour justifier leur abandon des luttes actuelles et leur ralliement à la pensée dominante. On les avait presque oubliés tellement ils étaient absents de nos luttes, on ne les voyait jamais manifester contre les guerres, l’impérialisme, le colonialisme et l’apartheid, car leurs ennemis principaux étaient devenus Cuba, le Venezuela, le Hamas ou le Hezbollah, qui comme chacun sait sont LES véritables dangers qui menacent la planète. Leur antifascisme s’était rétréci à droite pour ne plus concerner que Front national et élargi à gauche pour englober les antisionistes (catalogués antisémites ou rouges-bruns) que leur désignent les nouveaux complotistes, ceux qui voient des complots antisémites partout. Ils se rappellent aujourd’hui à notre souvenir non pour faire leur autocritique, mais au contraire pour nous accuser de ne pas avoir suivi la même voie qu’eux ; pour nous signifier que ce n’est pas par lassitude ou par désintérêt qu’on ne les voyait plus, mais bien parce qu’ils militaient avec nos ennemis de la nouvelle majorité d’union nationale.

Pour justifier cette étiquette « militante», ils ont trouvé depuis peu l’islam comme ennemi fédérateur, un ennemi inespéré et sans risques, puisqu’ils se retrouvent aux côtés de la droite, du centre, de la gauche, de l’extrême droite et d’une partie de l’extrême gauche contre l’ennemi commun. Pour cette lutte, ils n’ont même pas à craindre les flics et la justice, qui sont aussi de leur côté. Il leur faut des manifs d’au moins un million de personnes pour descendre dans la rue. Et c’est eux qui nous expliquent que leur combat appelle « d’autres vertus comme le courage ». Quel courage, en effet, de hurler avec les loups ! C’est super enivrant pour des gens habitués à être minoritaires, quel pied !

Ils n’en peuvent plus d’avoir soudain le droit de tout dire et de pouvoir traiter qui ils veulent de fasciste ou de nazi ! Les courageux libertaires ne mâchent pas leurs mots, mais si on a le malheur de dénoncer d’autres fascistes, comme les fascistes sionistes, qui ont commis plus de crimes et depuis plus longtemps, là on est prié de se modérer si on ne veut pas être qualifié d’antisémite !

« Depuis quelques années, des ENFANTS et des adultes sont assassinés parce que juifs » ! Mais depuis combien de décennies des milliers d’ENFANTS et d’adultes sont-ils assassinés par les sionistes dans le silence assourdissant de nos vaillants libertaires, dont plus de 2 000 ENFANTS rien que depuis la deuxième Intifada ? Ils ont été assassinés parce que non-juifs, parce qu’ils n’ont pas eu la chance de naître juifs dans un pays dont les juifs les ont dépossédés et où ils sont traités comme des animaux. C’est plutôt là qu’« on a pu noter la faiblesse des réactions et des positions prises par certains camarades et même constater leur aveuglement par rapport au fait brut ». Et c’est vraiment un euphémisme, parce que non seulement ils n’ont pas manifesté la moindre solidarité, mais ils ont passé leur temps à dénoncer ceux qui s’engageaient contre ces crimes. Comme dans ce pamphlet hallucinant de manichéisme dont on se demande s’il a été écrit par un libertaire ou par Finkielkraut !

Et ce n’est pas le seul, ça fait un moment, et bien avant l’attentat de janvier, que de soi-disant « bons libertaires » sont partis en croisade contre de « mauvais libertaires » qui ont l’outrecuidance de penser qu’il y a d’autres racismes que l’antisémitisme, et qu’il faut les combattre sans attendre un consensus allant de l’extrême droite à l’extrême gauche. Tout comme pour Finkielkraut, le mot « antiracisme » leur est devenu suspect, car ils ne veulent pas qu’il désigne aussi la lutte contre le sionisme et l’islamophobie. Les nouveaux Saint-Just n’avaient pas encore épuisé les ennemis que leur avait désigné la morale bien-pensante qu’il leur fallait y ajouter les libertaires déviants :

« C’est donc avec effarement et consternation que j’ai lu le manifeste : « Libertaires et sans-concessions contre l’islamophobie ! » » Moi, c’est avec effarement et consternation que j’ai pu lire le texte de P.V., qui reprend les arguments des politiques et des médias avec un vocabulaire dans lequel aucun libertaire ne peut se reconnaître, mais qui est récupéré au contraire par les racistes de tout poil, qui se frottent les mains d’une telle aubaine.

« la lucidité est nécessaire mais s’accompagne et appelle d’autres vertus comme celle du courage ». Ceux qui ont bien du courage, ce sont les anarchistes qui ont publié l’appel contre l’islamophobie ( http://www.bboykonsian.com/Libertaires-et-sans-concessions-contre-l-islamophobie-_a2635.html ), car il en faut beaucoup pour aller à contre-courant de la pensée dominante, celle de l’Etat, des médias et de leurs idiots utiles libertaires. Ces derniers n’ont pas besoin, eux, du moindre courage, ils sont rentrés de plain-pied dans la majorité.

« Ce que nous pouvons constater c’est que les Français de confession juive se voient communautarisés et responsabilisés collectivement de la politique israélienne envers les Palestiniens. » C’est un comble ! Une bonne partie des « Français de confession juive » se sont « communautarisés » tout seuls et soutiennent activement le nettoyage ethnique de la Palestine depuis longtemps, bien avant les attentats, et c’est eux qui ont le culot de dénoncer le communautarisme et le racisme des musulmans ! Quant aux autres, ceux qui dénoncent avec nous le sionisme et les crimes contre l’humanité, ils sont traités de juifs traîtres, qui ont la « haine de soi ». C’est affligeant de voir des gens qui continuent à se dire libertaires adopter le langage et les arguments de Caroline Fourest et de Cukierman ! Et on remarquera l’énorme lapsus révélateur : les « Français de CONFESSION juive » pour parler des juifs français ! Bonjour la religion stigmatisée d’un côté et banalisée de l’autre ! C’est bien la preuve imprudemment avouée que l’islamophobie est un racisme au même titre que l’antisémitisme. Tu ne te relis jamais, camarade ? « A les lire, l’islamophobie serait un habit neuf du racisme dans la mesure où il viserait non pas une religion mais une communauté consubstantiellement associée à celle-ci. Tant pis pour ceux qui en sont exclus ! » C’est EXACTEMENT ce que tu fais en parlant de « Français de CONFESSION juive », mais tu ne t’en es même pas aperçu tellement tu es obnubilé par ton antiracisme sélectif ! La catégorisation selon la confession pour cacher le racisme profond est une des stratégies des racistes – de tous bords.

« Mais déjà, lors de la parution du livre « L’impasse islamique » de Hamid Zanaz (Les Editions libertaires, 2009), on avait pu constater la position faiblarde de nombreux libertaires pour qui la critique de l’islam semble impossible, sinon taboue. » C’est un foutu euphémisme, il n’y a pas eu une « position faiblarde », mais bel et bien une condamnation de ce bouquin par les libertaires conséquents…

 http://www.alternativelibertaire.org/?Confus-Zanaz-L-impasse-islamique

 http://www.bboykonsian.com/Pas-d-islamophobie-au-nom-des-idees-libertaires_a3118.html

 http://oclibertaire.free.fr/spip.php?breve207

 https://quartierslibres.wordpress.com/2014/07/25/pas-dislamophobie-au-nom-des-idees-libertaires/

 https://nantes.indymedia.org/articles/18879

« Nous n’avons pas à nous excuser de vivre selon nos désirs, de manger et de boire ce qui nous plaît ! » Et qui vous en empêche ? C’est vous qui imposez aux autres votre façon de vivre, en soutenant l’Etat dans ses lois discriminatoires. Vous pouvez même faire de la provoc sans le moindre risque dans les « apéros saucisson-pinard » si ça vous chante.

« la question palestinienne est devenue la question juive au sens nazi, c’est-à-dire la volonté clairement affichée d’éliminer les juifs ». Qu’il ose donc aller dire ça aux intéressés plutôt que dans un cercle d’intimes. Comment peut-on sortir de telles provocations et s’étonner que d’autres renvoient la balle en considérant que le rêve des sionistes est la volonté clairement affichée de l’élimination des Palestiniens, à l’exemple des nazis. Il n’y a plus aucun risque de comparer ses ennemis aux nazis, maintenant, sauf quand il s’agit de juifs : là on risque le tribunal. En employant l’expression LES Français de confession juive, P.V. fait sciemment l’amalgame qu’il reproche aux autres et qui permet de classer comme antisémite n’importe quelle action concernant DES juifs, quels que soient ces juifs et quelles que soient ces actions et leurs motivations. C’est exactement le but recherché par le CRIF, l’Etat et la classe politique dans son ensemble. Pour faire passer le racisme quotidien, on ne parle QUE de l’antisémitisme. Les autres racismes, c’est la « liberté d’expression » !

« Que tous les Arabes ne soient pas des musulmans ni des islamistes ni même des croyants est sans doute une subtilité pour nos camarades ! » Et en plus, ils nous prennent pour des cons qui ne comprennent rien à ce qu’ils écrivent, mais ça prouve tout simplement qu’ils ne prennent pas la peine de lire les textes qu’ils dénoncent. La plupart des gens ne font pas la différence entre un Iranien, un Arabe, un Turc, un Kabyle ou un Kurde, pour eux, c’est des « bougnoules », des gens pas comme nous. C’est dans ce sens qu’on peut parler d’islamophobie, parce que dans leur tête ils ont besoin de les amalgamer sous l’étiquette « musulmans », même s’ils ne le sont pas toujours. Et il est navrant de constater que des libertaires puissent utiliser ce même subterfuge sémantique pour nier le caractère fondamentalement raciste de l’islamophobie. L’islamophobie est un racisme EXACTEMENT au même titre que l’antisémitisme ou que le sionisme, et ceux qui le nient ou lui trouvent des excuses tombent dans la catégorie du NÉGATIONNISME, qui est leur cheval de bataille par ailleurs, quand il s’agit des juifs : « De nouveau, comme hier avec les négationnistes, nous retrouvons chez certains camarades une même impossibilité de comprendre les arrière-pensées de certains. » Mais si, mais si, on comprend parfaitement les arrière-pensées des négationnistes qui nient que l’islamophobie soit un racisme pour être exonérés de racisme…

« L’islamophobie est sans aucun doute, comme pareillement l’antisionisme, un terme qui peut couvrir une opinion moins avouable. » On a bien compris l’allusion ; c’est pourquoi Coleman et ses acolytes mettent systématiquement des guillemets à ces deux termes, pour bien signifier que les antisionistes sont en réalité des antisémites déguisés et que l’islamophobie est un terme abusif employé par des gens pas recommandables. C’est justement contre ça qu’on se bat, car des libertaires responsables ne doivent pas tolérer d’exceptions dans leur lutte contre le racisme.

« Lorsqu’on prend le métro à Paris de très bonne heure, on voit des travailleurs immigrés - ceux qui embauchent dès 6 heures du matin, souvent pour nettoyer les entreprises-, et ce qu’ils lisent ou récitent plutôt, ce n’est pas des brochures révolutionnaires ou même des poèmes mais bien le Coran ! » Quelle honte, quelle suffisance d’écrire des trucs pareils du haut de sa supériorité occidentale ! Quel mépris des peuples inférieurs ! On croirait lire Oriana Fallaci ! « j’ai aussi vu des femmes le lire » ! Non ? sans déconner, elles savent lire ? Ces pauvres immigrés, ce n’est pas assez qu’ils soient constamment contrôlés par les flics, il faut encore qu’ils soient surveillés « dès 6 heures du matin » par des militants révolutionnaires ! On tremble en pensant à ce que deviendrait la liberté de pensée si ces révolutionnaires-là avaient le pouvoir un jour. De même que grâce à Charlie on a imposé des minutes de silence et La Marseillaise dans les écoles, ils imposeraient aux immigrés un quota de brochures révolutionnaires avant d’aller bosser. Qui sait, peut-être qu’ils nous aimeraient enfin ?

« Il y a plus d’une vingtaine d’année, dans un bus j’ai entendu un groupe de jeunes dégueuler leur haine par un « mort aux juifs ! » Hélas, ce genre de paroles n’avait rien de nouveau… Ce qui pouvait l’être, c’est qu’il était professé à l’intérieur d’un bus, donc dans un espace public. » Quelle mémoire ! Et depuis vingt ans, tu n’as plus fréquenté les espaces publics ? C’est dommage, parce que tu y aurais vu les musulmans (ou supposés tels au faciès) subir ce genre de racisme quotidiennement. C’est ça, le vrai racisme, que certains ne veulent pas voir parce que ça ne les intéresse pas.

« Ce texte [des libertaires antiracistes] défend principalement la thèse que l’islamophobie est une forme de racisme. Les signataires reprennent DONC à leur compte les arguments les plus souvent avancés par les islamistes eux-mêmes [sic]. » Il faut avoir fait un stage de novlangue ou un séjour chez le père Ubu pour sortir des stupidités pareilles, du niveau de La Semaine de Suzette ! C’est ça le type de « raisonnement » qu’on voudrait enseigner au peuple inculte ?

« Quel sorte de libertaires sont-ils ceux qui se montrent plus offusqués - même si parfois la critique est méritée - par Charlie Hebdo, Michel Onfray ou par Caroline Fourest que par l’assassinat d’enfants juifs par Merah ? » Quelle tartufferie de se servir de ces assassinats pour faire de la surenchère de café du Commerce ! Et quelle sorte de libertaires sont-ils ceux qui attendent pour avoir un motif de s’offusquer qu’il y ait un assassinat d’enfants juifs, alors qu’ils ne se sont jamais offusqués de crimes contre l’humanité à une autre échelle quand, l’été dernier, des centaines d’enfants non juifs de Gaza étaient déchiquetés ou cramés sous les bombes au phosphore ? Et quelle sorte de libertaires sont-ils ceux qui se font dicter leur militantisme par Charlie Hebdo, Michel Onfray ou Caroline Fourest ? On pourrait même élargir la liste à tous ceux dont les arguments sont similaires, et on aurait la surprise de voir côte à côte Finkielkraut, Philippe Val, la FA ou Yves Coleman. Au point que ce sont les médias de droite et d’extrême droite qui reprennent leur prose, parfois plus que les sites libertaires. Pour ceux qui ne veulent pas le croire :

(j’ai modifié les liens vers la droite et l’extrême droite pour qu’ils ne soient pas cliquables directement, j’espère que ça va marcher)



Dix conseils aux antisionistes pour ne pas tomber dans les pièges de l’antisémitisme, publié par un site ultrasioniste :

desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=3357

Le best-seller d’Yves Coleman, « Limites de l’antisionisme », repris par un autre site sioniste :

zionism-israel.com/limites_de_l

Riposte laïque s’exprime sur Radio libertaire : entre islamophobes on se soutient :

ripostelaique.com/Anne-Zelensky-et-Pierre-Cassen.html

fdesouche.com/69585-«tant-quon-est-culpabilise-detre-occidental-on-va-droit-dans-le-mur

« L’Impasse islamique », que ne renierait pas Riposte laïque, publié aux Editions libertaires, encensé dans un site islamophobe :

contrelislam.eu/selection_ouvrages.php

Voir aussi la critique par les libertaires de la dérive de la FA et de RL :

 http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=12&t=3429

 http://www.alternativelibertaire.org/?Riposte-laique-Et-petit-Blanc

Un compte-rendu des manifestations de Gaza dans le « Monde libertaire » repris par le forum « Toute la droite » :

toute-la-droite.forumdediscussions.com/t3470-les-anarchistes-n-aiment-pas-les-barbus

La même chose sur le site de « Français de souche », les racistes jubilent :

fdesouche.com/21475-gaza-sans-dieu-ni-etat-sic

… et une réponse d’Alternative libertaire :

 http://www.rezoweb.com/forum/sante/myastheniagravi/15694.shtml

Le meurtre d’Ilan Halimi, par Yves Coleman, publié dans le forum politique de Nicolas Sarkozy.

archives-forum-sarko.probb.fr/t499-le-meurtre-d-ilan-halimi-et-le-malaise

Voir aussi la critique par les libertaires de la dérive de la FA et de RL :

 http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=12&t=3429

 http://www.alternativelibertaire.org/?Riposte-laique-Et-petit-Blanc

Un compte-rendu des manifestations de Gaza dans le « Monde libertaire » repris par le forum « Toute la droite » :

 http://toute-la-droite.forumdediscussions.com/t3470-les-anarchistes-n-aiment-pas-les-barbus

La même chose sur le site de « Français de souche », les racistes jubilent :

 http://www.fdesouche.com/21475-gaza-sans-dieu-ni-etat-sic

… et une réponse d’Alternative libertaire :

 http://www.rezoweb.com/forum/sante/myastheniagravi/15694.shtml

Le meurtre d’Ilan Halimi, par Yves Coleman, publié dans le forum politique de Nicolas Sarkozy.

 http://archives-forum-sarko.probb.fr/t499-le-meurtre-d-ilan-halimi-et-le-malaise

Etc., etc.

Alors, qui sont les « idiots utiles », et de qui ?

Mais la malhonnêteté suprême, c’est de prendre les exemples de Merah ou du massacre du supermarché cacher comme arguments pour à la fois relativiser l’islamophobie et nous rendre complices de crimes odieux ! En amalgamant islam, islamisme, fanatisme religieux et terrorisme, on fait de l’islamophobie une sorte de réaction vertueuse contre la religion et le terrorisme au lieu d’un racisme comme les autres. D’où la hargne contre ceux qui dénoncent cette attitude. Il est par ailleurs parfaitement indécent d’utiliser l’émotion suscitée par des massacres pour stigmatiser toute une population en exaltant les instincts populaires les plus bas dans un but politique. Vos manifs de plusieurs millions de personnes ne nous impressionnent pas : l’union sacrée n’a jamais amené que la guerre ou le fascisme. Au lieu de lire Philippe Val ou Fourest, vous feriez mieux de lire Wilhelm Reich. On voit déjà les résultats de votre union sacrée : la France se transforme à une vitesse grand V en Etat policier et fasciste, où le blasphème contre les valeurs de la République est sévèrement puni, où la liberté d’expression est réprimée jusque dans les écoles et où la « laïcité » d’Etat a le statut de religion d’Etat. Houellebecq et Zemour se frottent les mains de cette aubaine !

En attaquant les libertaires antiracistes, vous essayez d’insinuer que nous aurions notre responsabilité dans les attentats, au mieux par notre passivité, au pire par notre complicité. Mais nous n’avons de leçons à recevoir de personne ; NOUS, nous n’avons renié aucune de nos idées libertaires, par contre nous n’avons jamais vu ces moralisateurs apporter le moindre soutien à ceux qui subissent l’oppression au quotidien, ni participer à nos luttes. Ça me désole bien plus que P.V. que les opprimés ne soient pas tous anarchistes, mais je ne me sers pas de cet alibi pour ne rien faire et pour les enfoncer un peu plus en apportant une aide inespérée à leurs bourreaux. Au lieu de les aider à s’émanciper des croyances et des nationalismes, ils refusent même de les voir pour pouvoir afficher une position sans concessions tellement plus pratique ! Si la seule présence de sensibilités différentes fait fuir les révolutionnaires, la révolution est mal partie.

Tous les clichés, tous les amalgames, toute la langue de bois que nous subissons de la part des ténors de la pensée dominante se trouvent rassemblés là, pas un ne manque, même pas les inévitables précautions d’usage, « nous ne sommes pas racistes, mais… », « nous sommes contre toutes les religions, mais… » Prétendre qu’ils dénoncent toutes les religions et tous les racismes est un mensonge éhonté. L’islamophobie est le seul lien qui fédère les racistes de l’extrême droite à l’extrême gauche. On ne les verra jamais nous faire un plaidoyer semblable contre le judaïsme, par exemple, qui est pourtant à l’origine de la peste monothéiste et qui sert de justification pour l’apartheid et le nettoyage ethnique de tout un peuple.

On pourrait reprendre chaque phrase de ce texte, qui est un désastre de la pensée honnête, mais en fait toutes les réponses se trouvent déjà dans « Libertaires et sans concessions contre l’islamophobie », même s’ils font semblant de ne pas s’en être rendu compte. Faire les questions et les réponses leur tient lieu de débat. Mais on voit bien au fil de leur discours où ils veulent en venir : malgré des justifications alambiquées hypocrites et peu convaincantes, c’est une population dans son ensemble, coupable d’être différente, qui est visée, et pas seulement les extrémistes et les « fous de Dieu ». Ils l’avouent eux-mêmes : « Après les tueries de Vincennes et de Charlie Hebdo, on nous propose avec insistance et apaisement dans le sens du poil une laïcité au rabais plutôt favorable aux religions. Cette interprétation est une sacrée opportunité que les religieux de tout poil ont compris et s’empressent de défendre. Car elle peut se comprendre comme un rempart contre toute remise en question de l’idée religieuse et peut devenir une arme contre l’athéisme ou même la moindre pensée libre. » On sait lire : la moindre faiblesse, la moindre solidarité, le moindre sentiment de culpabilité pour ce que nous avons fait subir à ces anciens peuples colonisés et en bute au racisme et à la ségrégation depuis toujours serait une trahison de nos principes sacrés. Nos révolutionnaires intransigeants ne s’adressent à cette population que quand ils peuvent se déchaîner à côté de la majorité, car ils n’ont plus le courage des luttes minoritaires. Leurs amis d’hier sont devenus leurs ennemis d’aujourd’hui, car ils ne veulent pas se séparer de leurs nouveaux complices de l’union nationale. Comment pourraient-ils se permettre de défendre l’islamophobie avec autant d’aplomb s’ils n’avaient pas derrière eux un consensus national d’une telle ampleur : l’Etat, le gouvernement, la classe politique, les médias, les flics et la Magistrature ? Il y a comme ça des moments magiques où tout le monde se retrouve contre un ennemi commun, comme à la veille de la guerre de 14.

Et aucun argument ne nous est épargné pour justifier cette mascarade, on nous ressort même les vieux poncifs éculés comme l’affaire Dreyfus, qui n’a pas été un des épisodes les plus glorieux du mouvement libertaire. La fin du XIXe siècle a été marquée par un antisémitisme virulent qui touchait toutes les couches de la société, une des périodes les plus sombres de notre histoire. Il était normal que les anarchistes, en antiracistes conséquents, soient à la pointe du combat contre ce fléau. Mais au lieu d’en faire un combat de classe et révolutionnaire, certains anarchistes ont choisi d’en faire un combat pour l’intégration des juifs dans les hautes sphères de la République, notamment son armée ! Car Dreyfus n’était pas un simple juif, ni un simple troufion, c’était un capitaine de l’armée française, cette armée qui tirait sur les grévistes et massacrait les indigènes dans les colonies. Des anarchistes « dreyfusards », c’est aussi ridicule que des féministes qui se réclameraient de Margaret Thatcher au nom des droits de la femme. Que Zola soit dreyfusard, c’est normal, il n’était pas antimilitariste et il avait une idée de la justice et de la démocratie qui était celle de Dreyfus mais qui n’est pas celle des libertaires. Que des libertaires soutiennent Dreyfus individuellement, pourquoi pas, comme Voltaire avait défendu Calas, mais certainement pas en tant que libertaires et en demandant aux libertaires de se positionner en tant que tels.

De plus, le soutien de ces libertaires l’était sur des bases ubuesques : l’innocence du capitaine ! Innocent de quoi ? A la différence de Calas, qui était accusé d’un crime sordide, Dreyfus était accusé de trahison, et depuis quand des anarchistes devraient défendre la loyauté des officiers de l’armée française ? Il n’était pas déserteur, ni même critique, il n’a jamais remis en cause l’armée, tout ce qu’il demandait, c’était de la servir loyalement en tant que juif.

Il aurait fallu beaucoup plus de courage pour le défendre s’il avait été coupable, car après tout, si un juif a le droit d’être capitaine comme tout le monde, pourquoi ne pourrait-il pas être espion comme tout le monde ? Et que fait-on des juifs allemands, et des anarchistes allemands ? Est-ce que les anarchistes doivent se mobiliser chacun dans son pays pour défendre la loyauté de leurs armées respectives ? Le capitaine Dreyfus était peut-être innocent du crime de trahison, mais il était assurément coupable de crimes de guerre de par son grade dans l’armée française. Tout ça est tellement grotesque qu’on se demande comment des libertaires peuvent encore passer leur temps à ressasser de telles inepties, sinon pour cacher leur absence des luttes véritables.

Et si on ressuscite Dreyfus, il faut par la même occasion ressusciter Lazare, si on me permet ce mauvais jeu de mots ! Car le grand motif de fierté des anarchistes dreyfusards, c’est qu’un anarchiste juif, Bernard-Lazare, ait été le « premier dreyfusard » ! Et quel anarchiste ! Le modèle même du juif intégré qui déteste les autres juifs, un antisémite tel qu’il ferait pâlir d’envie ceux qui sont pourchassés par nos libertaires aujourd’hui.

« Agacé par les menées antisémites, Bernard-Lazare veut se désolidariser, lui Israélite français et provençal, des juifs étrangers ou alsaciens. Ce fut l'attitude de beaucoup de juifs français à cette époque. Drumont voit dans le Juif l'homme d'argent, cupide et sans coeur. Il a peut-être raison, mais les Israélites ont tort de se laisser confondre avec les Juifs dont parle Drumont, tous des "métèques". "Il siérait que les antisémites, justes enfin, deviennent plutôt antijuifs, ils seraient certains, ce jour-là, d'avoir avec eux beaucoup d'Israélites." "Les Israélites sont en effet de braves gens, semblables à tous les autres. (Je parle et ne veux parler que des Israélites de France, les autres me sont indifférents et étrangers)". Ils ont tort de s'occuper des autres Juifs. L'Alliance Israélite Universelle, qu'ils ont fondée pour venir en aide à leurs coreligionnaires d'Orient, n'est pas une association religieuse, puisque "la religion hébraïque est depuis longtemps tombée dans un rationalisme bête, elle paraît emprunter ses dogmes à la Déclaration des droits de l'homme". "Donc elle se base sur la race, elle devient alors fausse et dangereuse".

En effet, les Juifs ne sont plus une race. Il y a deux sortes de Juifs, ceux du Midi comme Bernard-Lazare, qui sont la partie noble du judaïsme, mêlés aux Latins, et dolychocéphales, et les Juifs de l'Est, brachycéphales et d'origine mongole. Ces Juifs, dits Juifs allemands, sont un peuple d'usuriers sans valeur intellectuelle. "Si quelques-uns, comme Heine, se sont affirmés, peut-être étaient-ils descendants d'émigrés espagnols".

"Que m'importent à moi, Israélite de France, des usuriers russes, des cabaretiers galiciens prêteurs sur gages, des marchands de chevaux polonais, des revendeurs de Prague et des changeurs de Francfort ? En vertu de quelle prétendue fraternité irai-je me préoccuper des mesures prises par le czar envers des sujets qui lui paraissent accomplir une oeuvre nuisible ? Grâce à ces hordes avec lesquelles on nous confond, on oublie que, depuis bientôt deux mille ans, nous habitons la France, deux mille ans, comme les Francs qui envahirent ce pays et s'en firent une patrie... En tout cas, ce que je veux proclamer, c'est que nous n'avons rien de commun avec ceux qu'on nous jette constamment à la face, et que nous les devons abandonner". Il propose donc que les Israélites de France se retirent de l'Alliance Israélite Universelle, qu'ils ont eu le plus grand tort de créer. "Il serait plus normal, de la part des Israélites, français, d'arrêter, d'endiguer s'ils le peuvent, la perpétuelle immigration de ces Tatars prédateurs, grossiers et sales, qui viennent indûment paître un pays qui n'est pas le leur."

Mais ce n’était pas assez de tenir des propos qui font de lui un antisémite caricatural, il lui fallait couronner son œuvre en défendant la cause sioniste :

« Contrairement à ce qu'il pensait en 1894, Bernard-Lazare croit de plus qu'il faut conserver et même fortifier ce sentiment national. Il faut être nationaliste. […]

Ainsi, pour Bernard-Lazare, internationalisme et nationalisme sont nécessaires l'un à l'autre; ils s'appuient et se complètent. Désormais, il va se donner tout entier à son peuple retrouvé, sans cesser un moment de rester universaliste, sans renier aucunement la foi anarchiste de sa jeunesse.

Il dirige maintenant la partie française de la revue Zion (Sion), il collabore au Kadimah, "Organe pour l'Emancipation nationale du Peuple juif", il écrit dans l'Echo Sioniste. Son nom se répand parmi les sionistes de tous les pays.? En 1898, il assiste, à Bâle, au second congrès sioniste, où l'on recherche les moyens de créer .en Palestine l'Etat Juif préconisé par le Dr Herzl. Bernard-Lazare y fait l'objet d'un accueil enthousiaste. Il devient membre du Comité onialismed'action.? De retour à Paris, il fonde une nouvelle revue, Le Flambeau, "organe du judaïsme sioniste et social". […] »

Cette biographie de Bernard Lazare ne vient pas d’un site tendancieux, mais du site d’Increvables Anarchistes, qui est apparemment en liquidation maintenant :

 http://increvablesanarchistes.org/articles/biographies/lazare_bernard.htm

Mais on peut la retrouver ici :

 http://judaisme.sdv.fr/perso/dreyfus/blazare/blazare.htm

De tout temps, des anarchistes traumatisés par leur isolement ont été tentés par l’union nationale : il vaut mieux être mal accompagné que seul. Il y a un siècle, certains d’entre eux, et non des moindres, dans la logique des dreyfusards, ont justifié la guerre de 14-18 et soutenu la France, « patrie de la révolution » ! On voit qu’il n’y a rien de nouveau. Les « dreyfusards » d’aujourd’hui défendent la liberté d’expression dans Charlie Hebdo comme ceux d’hier défendaient la lutte révolutionnaire et antiraciste dans l’armée française !

Il est bien évident que les libertaires responsables rejettent totalement les accusations et les insultes de ce pamphlet inacceptable. La hiérarchisation des victimes et de l’indignation n’est pas tolérable venant de personnes qui continuent à se dire libertaires. C’est qui ces militants qu’on ne voit jamais mais qui ont l’air de connaître mieux que nous nos positions devant certains crimes et pas d’autres, et qui les jugent à l’aune de leurs propres valeurs ? Et qui ne supportent pas qu’on combatte le racisme parce qu’ils ont décrété qu’il n’y avait qu’UN racisme, celui défini par la pensée dominante dont ils font maintenant partie !

Leur radicalité et leur purisme idéologique ne nous impressionnent plus depuis longtemps. Ils ne viennent pas dans nos manifs parce qu’ils ont peur de rencontrer des religieux, des femmes avec des foulards ou des nationalistes, mais ils n’ont pas peur d’aller dans des manifs où il y a Hollande, Valls, Sarkozy, Merkel, Porochenko, des flics, des juges, des militaires, des curés, des rabbins et même des imams présentables… Ils n’ont pas peur non plus de nous donner en exemple le capitaine Dreyfus et l’antisémite Bernard-Lazare. Comment veulent-ils qu’on les prenne au sérieux quand ils nous brandissent leurs slogans contre la religion, l’Etat, l’armée, la justice, le capitalisme ?

On a bien compris leurs positions, et ce n’était pas la peine de se lancer dans des explications aussi embrouillées pour en arriver à une conclusion très claire et qui résume parfaitement ce texte :

« nous revendiquons pleinement le droit au mouvement libertaire de ne pas être islamophile, NI DE CRAINDRE D’ÊTRE CATALOGUÉ COMME ISLAMOPHOBE »

Tout est dit, et, pour paraphraser P.V. : un chat est un chat, et un raciste est un raciste. Il serait temps que les libertaires qui n’ont pas peur « d’être catalogués comme islamophobes » acceptent de CONNAÎTRE nos positions, à défaut de les admettre :

- L’islamophobie est un racisme, au même titre que l’antisémitisme ou le sionisme, et nous savons très bien faire la différence entre blasphème et racisme, on ne nous aura pas avec ce genre d’hypocrisie.

- Nous ne sommes ni islamistes, ni musulmans, ni même croyants, mais nous n’imposons pas nos idées libertaires par la force, à la manière des colons imbus de leur supériorité occidentale. Nous lutterons toujours contre l’obscurantisme, religieux ou laïque, mais nous ne méprisons pas ceux qui n’ont pas eu la chance comme nous d’avoir accès à un milieu permissif.

- Nous sommes partie prenante de tous les combats contre la discrimination et l’asservissement des femmes, musulmanes et non musulmanes, mais nous ne prendrons pas prétexte de leur situation pour leur imposer notre mode de vie et nos coutumes, vestimentaires et autres, pour nous croire supérieurs et nous autoriser des attitudes sexistes et paternalistes ; et dans tous les cas nous refuserons toutes les lois discriminatoires. Ces bonnes âmes qui rêvent de déshabiller les femmes musulmanes nous rappellent trop les résistants de la dernière heure qui tondaient par patriotisme les femmes coupables de « collaboration horizontale » avec l’ennemi.

- Nous dénoncerons tous les crimes, et pas seulement ceux qui nous arrangent. Nous refuserons toute hiérarchisation des victimes, la mort atroce d’enfants dans des attentats terroristes n’est pas pire que la mort de milliers d’enfants sous les balles ou les bombes des Etats.

- Nous continuerons notre lutte contre le racisme, le fascisme, l’impérialisme, le colonialisme, le sionisme, sans attendre que les populations qui demandent notre aide aient adhéré à nos convictions politiques ; notre solidarité contre les nettoyages ethniques et les crimes contre l’humanité ne sera pas conditionnée à une caution idéologique des victimes. Il est aussi indécent de demander aux Palestiniens de se justifier par rapport à la religion et au nationalisme avant de leur apporter notre aide qui si on avait demandé la même chose aux juifs pendant la période nazie.

- Nous refusons la liberté d’expression à deux vitesses, les tabous, le droit au blasphème pour certains et pas pour les autres. Nous ne nous laisserons pas insulter ni accuser de faire le jeu des antisémites et des terroristes parce que nous ne rentrons pas dans l’union nationale.

- Nous ne laisserons pas des gens qui ne viennent jamais manifester avec nous nous dire comment nous devons le faire et relayer les mensonges des médias du pouvoir qui nous accusent d’antisémitisme, comme cela s’est vu pour les manifs de solidarité avec Gaza.

- Nous ne sommes pas Charlie, nous sommes nous-mêmes. Nous avons été aux côtés de Charlie Hebdo dans les années 70, quand nous avions les mêmes ennemis et que nous partagions les mêmes valeurs, mais ça s’est arrêté quand ils sont passés dans l’autre camp. Ça fait plus de quinze ans que nous dénonçons la dérive de Charlie, son racisme, son sionisme, son ralliement aux valeurs de la République et à l’économie de marché, son atlantisme et son anticommunisme primaire, son soutien des guerres impérialistes, son sexisme et sa fausse impertinence, ses provocations islamophobes pour faire augmenter les ventes. Que des libertaires en aient fait le symbole de la « liberté d’expression » tout comme le pouvoir démontre l’abîme qui nous sépare… Nous ne sommes pas des girouettes, et aucun attentat ne peut nous faire changer de camp, surtout pour accéder à une respectabilité et une reconnaissance dont nous ne voulons pas…

 https://grenoble.indymedia.org/2015-03-13-Protestation-devant-les
 
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    Islamisme, « islamophobie » et critique révolutionnair 2017-07-26 11:24    
 


Article paru dans A contrevents N°2 (Caen, octobre 2016) avec le chapeau suivant: Le texte qui suit émane d’un camarade du RRC. Il ne constitue pas pour autant une position collective de notre modeste regroupement. Il a cependant paru suffisamment intéressant pour être publié. Nous précisons qu’il a été écrit bien avant les évènements de cet été, que ce soit le carnage de Nice ou la polémique délirante autour du burkini.

Il apparaît aujourd’hui nécessaire de clarifier et de (ré)affirmer certaines positions révolutionnaires vis-à-vis des religions en général et de l’islamisme en particulier. Les attentats révoltants de 2015-2016 (aussi bien ceux visant Charlie Hebdo et le magasin Casher en janvier que ceux de Paris en novembre 2015 ou celui de Nice en juillet 2016) y poussent. Mais il n’y a pas que ça.







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Depuis plusieurs années on sent s’affirmer en France l’émergence, certes limitée mais réelle, d’un islamisme, c’est-à-dire d’un islam directement ou indirectement politique, qui se manifeste dans la société. Il peut prendre des formes « modérées », rampantes, ce qui ne les empêchent aucunement d’être néfastes et réactionnaires, comme des formes « radicales », spectaculaires, djihadistes et meurtrières.

Face à ce phénomène, et en parallèle, a également émergé depuis plusieurs années un ensemble de discours stigmatisant les populations musulmanes ou supposées telles. Ces discours sont principalement portés par l’extrême droite mais aussi par toute une partie de la droite et également une partie de la gauche dites « républicaines ». Ces discours divers, aux relents xénophobes, « identitaires », nationalistes, voire carrément racistes, se dissimulent souvent derrière la défense de la laïcité, de la Liberté, des droits des femmes, parfois aussi derrière la défense des droits des homosexuel-le-s (« défense » souvent très hypocrite, opportuniste, limitée et à géométrie variable). Ces thèmes sont alors instrumentalisés au service de causes qui n’ont pas grand-chose à voir avec eux au final.

Ces deux phénomènes contribuent d’ailleurs à s’alimenter et se renforcer réciproquement, « en miroir » et ils ont désormais une certaine « consistance » dans la société. Dès lors, face à ces faits, un certain nombre de questions se posent aux mouvements révolutionnaires, questions auxquelles il va bien falloir trouver des réponses ou des éléments de réponses, politiques et pratiques, si nous ne voulons pas nous retrouver englué-e-s et incapables de réagir face à des situations politiquement et socialement lourdes de dangers et de possibles conséquences bien puantes. À savoir, montées d’idéologies politiques et/ou religieuses éminemment réactionnaires, racistes, communautaristes, identitaristes, développement de tensions et de violences entre pauvres et exploité-e-s de différentes origines, récupérées et instrumentalisées par différentes forces politiques ou politico-religieuse cherchant à « représenter » et « encadrer » telle ou telle « communauté » ou par l’État « républicain » cherchant à redorer son blason, à se « relégitimer » en se posant en défenseur/protecteur de la société, de la sécurité et de la liberté en général (placées sous sa surveillance et son contrôle pour notre bien… et surtout le sien).

Quelle est notre critique de l’islamisme ? Comment le critiquer sans hurler avec les loups de l’extrême droite et autres réactionnaires de gauche et de droite qui alimentent la xénophobie ? L’utilisation/acceptation du terme d’« islamophobie » n’aboutit-t-elle pas à inhiber la saine et nécessaire critique révolutionnaire de toutes les religions (sans aucunement se limiter, évidemment, à celle de l’islam) ? Voila quelques unes des questions que ce texte va chercher à défricher modestement.

Parce que ces questions se posent. Parce qu’il est temps. Parce qu’il va falloir faire face.

Critique révolutionnaire de la religion

Les mouvements révolutionnaires se sont très tôt confrontés avec les idées même de Dieu et d’ordre divin, car celles-ci constituent un obstacle et s’opposent à l’idée et aux soucis révolutionnaires de la liberté humaine (idée de la liberté qui n’est pas dissociée de celles de responsabilité, d’égalité et de solidarité). À l’idée d’un monde, d’un genre humain et d’une vie créés par Dieu, régis par une vérité révélée (propriété d’un clergé), encadrés par les préceptes moraux de textes sacrés très anciens, les mouvements révolutionnaires ont opposé l’idée de sociétés construites historiquement par les humain-e-s et transformables par eux et elles. Ils ont défendu l’idée du renversement possible et nécessaire d’un monde présenté comme immuable et ils défendent toujours l’idée qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’exploitation et la domination des puissant-e-s et des possédant-e-s. Ils ont promu la révolte individuelle et collective, la lutte, l’éducation et la liberté contre les assignations, les obligations, les interdictions cléricales qui cherchaient et cherchent encore à encager la diversité de la vie, ses immenses champs des possibles et des choix dans l’étroitesse de textes soi-disant divins et de traditions religieuses poussiéreuses.

Les mouvements révolutionnaires ont également très tôt dénoncé le caractère illusoire de toute « communauté des croyant-e-s » qui prétend placer sur un pied d’égalité fictive, face à Dieu, à la mort et face au clergé, les hommes et les femmes, quelles que soient leurs conditions sociales, leur appartenances à telle ou telle classe sociale. Les religions sont des entreprises idéologiques interclassistes et paternalistes qui, derrière des représentations unitaires de la société et l’idée de la communion de tous et de toutes dans le respect de la religion, nient, dissimulent et étouffent souvent les conflits d’intérêts sociaux et politiques, les luttes sociales au sein des sociétés de classes. Et lorsqu’il est impossible de dissimuler la réalité de ces conflits, il leur est souvent opposé les vertus, toutes spirituelles et virtuelles de la patience, du pardon, de la bonté, de la charité, de la soumission face aux épreuves. Et si ça ne suffit pas, il reste l’anathème, l’excommunication, l’exclusion de la communauté des croyant-e-s, la bénédiction de la répression mise en œuvre par le pouvoir temporel.

Derrière la promesse d’un paradis après la mort se cache le fait de laisser en place les inégalités, les injustices du monde d’ici bas. C’est la religion comme « opium du peuple », qui embrume l’esprit, procure de doux rêves et aide à supporter passivement la dureté de la vie dans le monde tel qu’il est fait.

Les mouvements révolutionnaires ne se sont évidemment pas heurtés seulement aux idées religieuses mais aussi à leurs exploitants, les clergés plus ou moins centralisés, privilégiés, hiérarchisés suivant les religions, assurant la médiation avec Dieu, édictant les normes de conduites morales et pratiques, encadrant, guidant la vie des croyant-e-s, disposant d’un poids matériel parfois énorme (propriétés terriennes, immobilières, financières…), d’une influence politique et morale importante (à travers l’organisation de la charité, d’aides « sociales » diverses, le monopole de l’exercice des rites, le contrôle de tout ou partie du système éducatif par exemples). Et de même que les mouvements révolutionnaires se sont opposés aux grandes religions constituées, celles-ci se sont historiquement opposées aux projets, idées et pratiques émancipatrices et égalitaires des mouvements révolutionnaires.

Les mouvements révolutionnaires affrontent encore aujourd’hui les religions et clergés qui portent et colportent des valeurs, des prescriptions de vie, un ordre moral souvent éminemment réactionnaires (socialement, culturellement, sexuellement) et des représentations patriarcales, favorisant et légitimant la domination masculine, régissant ou tentant de régir spécialement ce qui concerne la sexualité en général, et celle des femmes en particulier, condamnant la plupart du temps la contraception, l’avortement, l’homosexualité et la transsexualité.

Les mouvements révolutionnaires ont également dénoncé historiquement le fait que religions et clergés se sont mis au service de nombreux projets impérialistes de conquêtes, ont légitimé d’innombrables guerres intérieures ou extérieures (certaines d’entre elles reposant même directement, au moins officiellement, sur des motifs religieux), soutenu de nombreux régimes dictatoriaux.

Voilà résumées, très brièvement, les principales critiques révolutionnaires envers les religions. D’où l’athéisme et l’anticléricalisme affirmés qui prédominent historiquement largement dans les mouvements révolutionnaires. Ce qui n’a jamais empêché les révolutionnaires de se retrouver aux côtés d’individus croyant-e-s lors de grèves, de manifs, d’actions, d’émeutes ou d’assemblées générales…

La « liberté » religieuse

Si, en tant que révolutionnaires, nous sommes, dans notre immense majorité, athées et anticléricaux, nous n’avons pas pour autant l’envie ou l’intention de nous ériger en inquisiteurs-rices de l’athéisme. Nous n’avons pas vocation à fliquer politiquement la vie des gens, à entrer en guerre politique contre les croyant-e-s des différentes religions.

Nous reconnaissons généralement aux individus le droit de croire en un dieu (ou en plusieurs) et de pratiquer leurs cultes et leurs rites, même si, nous, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans de tels choix. Nous admettons ce droit d’autant plus que, souvent, les individus ne se résument pas uniquement à leurs croyances religieuses. Leur identité personnelle intègre la plupart du temps bien d’autres convictions, valeurs et pratiques que celles liées à leur religion. Et il est évident que la plupart des croyant-e-s sont loin d’être des « fous ou folles de Dieu » et ont souvent un rapport assez distancié, détendu et pacifique avec leur religion, avec celles des autres et avec les athées. Croyant-e-s ne veut pas dire pratiquant-e-s, et même les pratiquant-e-s ont souvent bricolé, plus ou moins ouvertement, leurs propres « petits arrangements avec Dieu » et vivent tranquillement leur religion.

La croyance et l’observance des prescriptions religieuses individuelles et la pratique collective du culte dans des lieux dédiés à cet effet ne nous dérange donc pas (même si elle ne nous réjouit pas non plus), tant que ces croyances et pratiques religieuses ne débordent pas dans l’espace public commun, qu’elles ne tentent pas de le régir, de le soumettre à leurs normes. Nous sommes conscients que cela laisse de côté des espaces privés comme le couple, la famille ou des « entre soi » communautaires et que ces espaces peuvent être propices à l’instauration autoritaire, à l’imposition de pratiques religieuses intégristes. Et, en tant qu’espaces privés, il peut être malaisé, difficile d’y intervenir politiquement pour contrecarrer et dénoncer des dérives intégristes. Il n’y a pas, dans ce genre de cas, d’autres « solutions » (avec toutes leurs limites pratiques fréquentes) que le recours à l’information, à l’éducation, au dialogue, à la solidarité, à l’intervention amicale et/ou familiale et/ou de voisinage (allant, dans la forme, de la médiation à la confrontation), à la pression et la vigilance sociale et collective contre les actes de violence, de maltraitance, de harcèlement, de manipulation mentale, d’embrigadement et de dérive sectaire dans les espaces privés.

La tolérance que nous assumons envers certaines formes détendues de croyances religieuses n’implique pas cependant que nous renoncions à ce que nous considérons comme notre « droit de critique athée » et aux discussions, voire aux engueulades, qu’il peut susciter. Tout comme nous ne renonçons pas au « droit de blasphémer » face aux figures divines fictives, aux bigots et autres intégristes, même si on pratique pour la plupart assez peu ce genre de choses, qui peut soulager et faire marrer mais s’avère rarement très constructif.

L’islamisme

Même très minoritaires, les différentes formes d’islamisme ont gagné ces dernières années une visibilité plus importante parmi les musulman-e-s en France. Il est difficile de savoir si cette visibilité accrue de l’islamisme provient d’une affirmation plus décomplexée de sa propre existence, d’un renforcement réel et sensible de son influence et/ou d’une plus grande attention politique, médiatique et sociale à son encontre. Peut être tout ça à la fois.

Par islamisme, nous entendons une affirmation politico-religieuse de l’islam comme ayant vocation à structurer la société et régir la vie sociale (et donc aussi celle des individus) à partir d’une interprétation rigoriste, réactionnaire et prétendument littérale du Coran. Le djihadisme à la sauce Al Quaeda ou État Islamique n’est que l’expression la plus brutale, la plus ultra de cet islamisme. Il y en a différentes formes et différents degrés. On peut y intégrer des formes « modérées » s’inspirant en général plus ou moins des Frères Musulmans, des formes plus dures comme le salafisme, le wahhabisme et aller jusqu’au djihadisme. En disant cela, on ne sous-entend pas qu’il y a nécessairement une continuité ou une même identité politico-religieuse entre ces différentes formes. Il peut y avoir des formes activistes et très directement politiques, plus ou moins radicales dans leurs manifestations, et des formes plus « quiétistes » mais qui s’attachent néanmoins à promouvoir, de manière prosélyte, une interprétation intégriste des textes et une surveillance pesante quant à la stricte observance individuelle et collective des (de leurs) obligations et conduites religieuses. Ces formes « quiétistes », si elles apparaissent, dans l’immédiat, assez détachées de toutes intervention à caractère politique, n’en aspirent pas moins à construire une hégémonie intellectuelle et culturelle intégriste au sein des musulman-e-s, musulman-e-s que les islamistes rêvent d’encadrer et guider comme un troupeau. Une sorte de métapolitique gramscienne en vue de constituer un bloc hégémonique au sein d’une fraction de la population, en somme ?

Même s’il y a des différences, des divergences, il y a cependant aussi des similarités, des points de convergences entre ces différentes formes d’islamisme et l’existence de l’islamisme « modéré » contribue certainement à légitimer en partie l’existence des formes d’islamisme djihadiste, en constituant un terreau intellectuel et culturel favorable au développement de ce dernier. Disons un peu comme les discours nationalistes, sécuritaires, xénophobes, réactionnaires de la gauche et de la droite contribuent à légitimer et renforcer les positions du Front national et comme les positions et l’influence du FN contribuent à légitimer et favoriser des expressions ouvertement fascistes et racistes.

En terme de contenus, je ne reviens pas sur les positions extrêmement réactionnaires, autoritaires, sexistes, puritaines, anti-communistes et anti-révolutionnaires véhiculées par l’islamisme en général. Signalons toutefois, juste au passage, qu’il véhicule également, là encore sous des formes diverses et à des degrés divers, du racisme, en tout cas au moins un, l’antisémitisme, qu’il travaille à répandre sous couvert de « soutien au peuple palestinien » et d’ « antisionisme ». Et, disons le, la récupération de ce terme d’« antisionisme » (à l’origine destiné justement à se dissocier de toute approche antisémite), à la fois par les islamistes et l’extrême droite franchouillarde, est un succès tel que ce mot est devenu quasiment inemployable tant il véhicule fréquemment désormais des puanteurs antisémites. Le travail d’appropriation de ce terme politique mené par des antisémites de tous poils, de toutes nationalités et de toutes religions n’aurait cependant pas pu être mené « à bien », si vite (une bonne grosse décennie ?), si la gauche et l’extrême gauche pro-palestinienne et le mouvement révolutionnaire avaient été plus éveillés et réactifs en situations et plus intransigeants sur le fond et la forme. On récolte ce qu’on sème… c’est à dire aussi qu’on récolte, parfois, dans la gueule, ce qu’on a pas été capables de semer, de cultiver et de protéger.

L’islamisme rêve d’une communauté des croyant-e-s, d’où les conflits d’intérêts ont magiquement disparus, pure et harmonieuse, nettoyée de tous les individus et groupes déviants, soumise corps et âme à une soi-disant loi divine supérieure et parfaite, inscrivant cette communauté dans un ordre universel immuable tout en assignant à chacun-e une place et un rôle tout aussi immuable. L’islamisme est comme l’extrême droite qui rêve d’une communauté raciale et nationale unifiée par on ne sait quel miracle, de pouvoir étatique dictatorial, de nettoyage des indésirables et des subversifs-ves, d’ordre corporatiste. Dans un cas comme dans l’autre, on est en pleine utopie réactionnaire et despotique.

Les révolutionnaires sont donc des ennemis de l’islamisme (et réciproquement). Et il s’agit, au niveau mondial, d’un ennemi puissant, disposant de ressources financières, de moyens de communication, et parfois de moyens militaires importants. Il est soutenu par de forts riches « mécènes » capitalistes des pays du Golfe Persique quand ce n’est pas directement par des États intégristes comme l’Arabie Saoudite ou d’autres.

Le combattre, en temps que révolutionnaires, ne sera pas chose facile. Au niveau international, cela peut passer par la création ou le renforcement de liaisons solidaires concrètes avec des groupes, organisations, mouvements révolutionnaires, de lutte de classe, démocratiques, laïques et féministes dans les pays où l’islamisme menace. Souvent ces groupes et organisations sont rares et plutôt faibles (et même parfois inexistants) et il peut exister aussi des différences politiques sensibles avec les « traditions » révolutionnaires occidentales, que ce soit sur le plan des idées, des finalités, du fonctionnement, des pratiques et il est probable que la solidarité vis-à-vis de tel ou tel groupe ou mouvement dans tel pays fera rarement, ici, l’unanimité. Le soutien à la résistance actuelle au Kurdistan syrien face à l’État Islamique est un bon exemple de cette absence de consensus du mouvement révolutionnaire sur ces questions.

Par ailleurs, l’établissement de telles liaisons solidaires implique un effort réciproque s’inscrivant dans la durée. Effort qui passe par des travaux de synthèse d’informations et d’analyses, de traductions (ce qui implique éventuellement l’apprentissage de langues), de diffusion de l’information, de collecte et d’envois de fonds et de matériels, de voyages et de rencontres, d’organisation éventuelle de campagnes de soutien. Effort que la faiblesse actuelle du mouvement révolutionnaire, en France ou ailleurs, rend difficile car, en plus, évidemment, l’islamisme est loin d’être le seul et le plus puissant des ennemis auxquels les mouvements révolutionnaires se trouvent confrontés.

La lutte contre l’islamisme passe aussi, toujours au niveau international, bien sûr par le fait de lutter ici pour dénoncer et, si possible, vu nos forces plutôt dérisoires, gêner et affaiblir les interventions armées et les pillages impérialistes des États et du capital occidental, et donc, aussi, l’impérialisme de l’État et du capital français. L’impérialisme contribue en effet aussi à alimenter en partie l’islamisme dans de nombreux pays. Mais en partie seulement car dans les pays où il est puissant l’islamisme a également sa dynamique propre, ancrée dans la réalité propre de ces pays, réalité qui est loin d’être uniquement façonnée par l’impérialisme occidental.

En France, il paraît évident qu’un des ressorts de l’islamisme se trouve dans les inégalités et injustices sociales vécues, entre autres, par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration et qui sont de cultures musulmanes. Ces fractions de la population ne sont bien sûr pas les seules à subir l’exploitation, la précarité et la répression mais elles sont certainement celles qui les subissent le plus. À ces inégalités sociales s’ajoutent des phénomènes de discriminations, de stigmatisations, de vexations politiques et symboliques à caractère raciste. La participation des mouvements révolutionnaires aux luttes sociales et le fait de tenter de développer dans celles-ci un travail politique sont des nécessités incontournables. Dans ce cadre, l’appui aux luttes de migrant-e-s, de travailleurs-euses immigré-e-s avec ou sans papiers, autour de la question du logement, contre les violences policières et la précarité sociale mérite toute notre attention. Participer, d’un point de vue révolutionnaire, à ces luttes sociales diverses, favoriser leur émergence et leur convergence et coordination n’a évidemment pas pour but premier la lutte contre l’islamisme, il s’agit avant tout d’essayer d’attaquer à la base l’exploitation sur laquelle repose le système étatico-capitaliste actuel et les relégations et divisions sociales qui aident à son maintien et à sa reproduction. Mais le développement de ces luttes sociales aurait certainement également comme effet indirect d’affaiblir les marges de manœuvres politiques, sociales et culturelles de l’islamisme. On sait qu’à l’heure actuelle lorsque les luttes sociales sont fortes, l’extrême droite franchouillarde fait souvent profil bas politiquement et d’un point de vue organisationnel. Il n’y a pas de raisons de penser que ces luttes n’entraîneraient pas les mêmes effets contre cette autre extrême droite qu’est l’islamisme.

Néanmoins, on ne va pas prendre nos désirs pour des réalités, « dire n’est pas faire » et le mouvement révolutionnaire devra sacrément ramer pour y arriver. Il y a des obstacles et des difficultés. Nombreuses. Les aborder dépasserait le cadre de ce texte. On remet ça à plus tard mais on essayera de s’y coller. Signalons juste la difficulté liée à la composition sociale actuelle des mouvements révolutionnaires, pour le moins éloignées en général des réalités vécues par les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration, de la condition ouvrière, de la réalité des quartiers populaires. Cette « extériorité » ne facilite évidemment pas notre activité et la réduire ou la dépasser prendra du temps et impliquera d’aller se frotter encore et encore au terrain.

Islamisme et autres replis identitaires se développent aussi dans le vide laissé par l’important affaissement des mouvements ouvriers et révolutionnaires actuels. Et ce vide, ce terrain perdu, d’autres l’occupent et le remplissent. Il faudra bien finir par nous remettre en question. La réalité qui vient nous y contraindra de toute façon. Va y avoir des réveils douloureux…

« Islamophobie » ?

Vous ne trouverez pas ce terme d’« islamophobie » dans les textes du RRC, où il ne fait pas consensus. Je l’utilise dans cet article seulement entre guillemets et accompagné de critiques. Parce qu’il pose un certain nombre de problèmes quand même… Ce terme opère en effet un certain nombre de « réductions » factuelles et politiques.

D’abord il tend à présenter les attaques et critiques contre l’islam, quelles qu’elles soient, comme une manifestation de racisme alors que la critique de la religion musulmane (ou de n’importe quelle autre) peut évidemment être déconnectée de toute approche raciste comme dans le cas de la critique athée révolutionnaire.

Du coup, il sous entend aussi que la critique de l’islam constituerait en quelque sorte la forme principale du racisme actuel alors que celui-ci s’exprime de manière bien plus générale et sur des plans bien plus cruciaux pour la vie des gens (logement, pauvreté, précarité des formes d’emplois, discriminations sociales, brutalités policières…) que la simple instrumentalisation xénophobe et nationaliste de la critique de l’islam.

En restreignant le racisme à la forme, censée être centrale, de la critique instrumentalisée de l’islam, il laisse de coté toutes les fractions de la population qui sont immigrées ou issues de l’immigration mais qui ne sont pas musulmane. Que devient la nigériane évangéliste ou le syrien athée ? En quoi la lutte antiraciste réduite principalement à la lutte contre l’« islamophobie » les concernerait ?

En partant du fait que l’islam est, en France, une religion minoritaire, pratiquée (quand elle l’est ! Tous les croyant-e-s sont loin d’être pratiquant-e-s…) principalement par des fractions de la population qui sont immigrées ou d’origine immigrée, souvent « de couleur », souvent issues d’anciennes colonies françaises, il introduit, en douce, par extension, l’idée que l’islam serait une religion opprimée et une religion des opprimé-e-s.

L’islam est certes une religion minoritaire en France mais c’est quand même la deuxième en importance dans ce pays. Et s’il est évident que le nombre, l’état et la taille des lieux de cultes musulmans ne permettent pas toujours, loin sans faut par endroits, d’assurer aux pratiquant-e-s des conditions décentes d’exercice collectif de la prière, la religion musulmane est loin d’être persécutée même s’il arrive qu’elle soit stigmatisée, discriminée et instrumentalisée. Par ailleurs, un certain nombre de régimes dans des pays majoritairement musulmans ne sont pas particulièrement bienveillants envers l’exercice de religions autres que la musulmane et envers l’athéisme et il y a des États musulmans qui sont impérialistes. Donc mollo sur l’islam comme religion opprimée…

Ensuite cette idée de l’islam comme religion des opprimé-e-s fait passer à la trappe le fait que certains musulman-e-s appartiennent aux classes possédantes et dominantes et sont des exploiteurs-rices. Et là encore se pose la question des « autres » prolétaires immigrés ou d’origine immigrée, « de couleur », athées ou croyant-e-s d’une autre religion que l’islam. En quoi sont-ils et elles particulièrement moins opprimé-e-s, exploité-e-s, précarisé-e-s, discriminé-e-s que les musulman-e-s ? Et en quoi le fait qu’une religion soit pratiquée par des opprimé-e-s devrait nous la rendre moins critiquable d’un point de vue révolutionnaire ? Le sexisme serait-il moins critiquable s’il est pratiqué par des prolétaires ? Les masses opprimées d’Amérique latine sont souvent chrétiennes, cela ne fait pas pour autant du catholicisme ou du protestantisme des religions d’opprimé-e-s. Donc mollo aussi sur cette idée que l’islam serait une religion d’opprimé-e-s.

Au final, et à l’usage, le terme « islamophobie », et les « alliances » concrètes qu’il peut entraîner sur le terrain politique avec des réacs religieux, semble bel et bien favoriser une inhibition, une autocensure de la critique révolutionnaire des religions et des « cohabitations » lors de meetings et de manifs qui tiennent du mariage entre une carpe et un lapin. Faudrait pas finir par servir la soupe à des bigot-e-s intégristes, qui oeuvrent à propager un communautarisme religieux lucratif, au sens où cette communauté, figurez vous qu’ils et elles entendent bien en être les pieux-ses berger-e-s et les représentant-e-s accrédité-e-s auprès de l’État. La critique de « l’islamophobie » actuelle doit-elle déboucher sur une quelconque « islamophilie » ? Pour moi, c’est définitivement NON.

Je comprends bien que le terme ait pu faire mouche et être repris par plein de gens qui ont capté que la critique dominante de l’islam n’est la plupart du temps qu’un paravent pour des courants xénophobes, nationalistes et racistes qui cherchent à attaquer les immigrés ou descendant-e-s d’immigré-e-s. Mais comme on peut le voir en situation et comme cela a été exposé dans ce paragraphe, ce terme introduit, d’un point de vue révolutionnaire, de la confusion politique… à une époque où il n’y en a déjà que trop… avec tous les dégâts qui vont avec.

C’est pourquoi comme d’autres, je préfère parler, au lieu d’« islamophobie », tout simplement de racisme ou, en cas de situations plus spécifiques, de racisme anti-arabes et anti-noir-e-s, ce qui ramène la question sur son terrain principal, à savoir que derrière les critiques xénophobes de l’islam ce n’est pas tant la religion musulmane qui est visée que des fractions immigrée ou issue de l’immigration, prolétaires, colorées et supposément musulmanes de la population. Et en utilisant ces termes, en tant que révolutionnaires, on se situe sur le terrain de la défense des individus et des fractions, souvent prolétaires, de la population visées par le racisme, pas sur le terrain de la défense d’une religion, ce qui n’est tout simplement pas notre vocation ni notre finalité.

Contre tous les replis identitaristes

En ces temps de crises sociales et politiques, et y compris de crise des mouvements révolutionnaires et ouvrier (ou de ce qu’il en reste…), en l’absence d’alternatives subversives ne seraient-ce qu’un tant soit peu crédibles, les replis et enfermements identitaristes se multiplient, se renforcent et se « légitiment » mutuellement, que se soit sur des bases nationalistes, ethniques, religieuses, culturelles, corporatistes.

Il ne s’agit pas de nier qu’on ait tous et toutes une identité, mais nos identités sont généralement composites, puisant à différentes sources culturelles et sociales, individuelles et collectives. Nous les concevons souvent, en tant que révoutionnaires, comme évolutives et ouvertes, destinées à être partagées et métissées. Toute définition étroite, uniformisée, figée, fermée et enfermante de l’identité aboutit à l’étouffement individuel et collectif et est souvent destinée politiquement à nourrir les replis communautaristes.

Présentement chacun-e est tenté et incité à se replier sur son « entre soi » (et le ghetto révolutionnaire en est une forme parmi d’autres), sur son « même », sur sa famille, sur son pays, sur sa soi-disante « communauté » et les solidarités limitées, étriquées et sélectives qu’elle permet. S’ouvre alors également la course à la représentation de la « communauté » : les aspirant-e-s aux postes de direction et d’encadrement politique, moral et spirituel ne manquent pas.

Il sortira de ces replis communautaires et identitaristes des divisions et des tensions accrues entre différentes fractions de la population, pourtant toutes exploitées et dominées par le même système, même si c’est sous des formes et à des degrés divers. À la guerre sociale, le système préfère évidemment la guerre de tous-tes contre tous-tes comme il préfère la guerre civile à la révolution. Et nul doute qu’il saura utiliser et alimenter les tensions communautaristes pour œuvrer à son propre maintien. Réussir à faire vivre et étendre des espaces de lutte politique et sociale, où se crée du commun et du communisme, ouverts à tous-tes les exploité-e-s, les dominé-e-s, les révolté-e-s, peu importe leurs origines ethniques ou culturelles, leurs nationalités, leurs couleurs de peau, leurs religions individuelles éventuelles va être une difficile nécessité.



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03-07-2017 13:45 - Jerôme Martin
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03-07-2017 13:35 - Pierre Tevanian, Sylvie Tissot
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03-07-2017 13:26 - AFPS
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03-07-2017 10:55 - Eric Fassin
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03-07-2017 05:50 - Patrice Faubert
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30-06-2017 10:27 - Fleurs
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30-06-2017 09:41 - Les amis de Juliette et du printemps
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30-06-2017 06:28 - Patrice Faubert
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29-06-2017 14:40 - mignon chaton
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