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Si l’OMC pense nous plumer sans réaction, elle se met le Doha dans l’œil !
Des rencontres importantes ont lieu à Genève, à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). On y discute de l’ouverture de nouveaux domaines au marché. L’OMC veut faire triompher la logique du privé contre celle du commun et du public, celle du péage pour l’accès aux biens et services contre celle de l’accès libre et gratuit. A l’abri des regards et de la critique, des ministres et des diplomates négocient d’arrache-pied pour trouver des arrangements sectoriels en vue de la grande messe finale qui aura lieu lors de la 6e conférence ministérielle à Hong-Kong du 13 au 18 décembre 2005.
L’enjeu est d’importance pour les multinationales. Il s’agit de boucler ce cycle de négociation commencé à Doha pour ouvrir de nouveaux marchés rentables réglés jusqu’ici en partie par le service public. Transformer des biens communs, parfois gratuits, souvent accessibles à tous-tes, en biens rares, chers et très profitables aux capitalistes, voilà l’enjeu. Cet accord dit « cadre » a comme but la marchandisation de toute activité humaine, y compris l’enseignement et l’approvisionnement en eau et la prise en main de marchés émergents, financièrement très rentables, comme cela a été fait avec la téléphonie mobile. Telle est la voie tracée par 10 ans d’OMC et du cycle dit de Doha.
Où mène la destruction du commun ?
Bientôt ce seront les bibliothèques qui seront payantes. Et pourquoi les capitalistes ne nous feraient-ils pas payer pour respirer de l’air non pollué ou pour utiliser des mots communs du dictionnaire qui seront brevetés ? Le commun, ce qui appartient à toutes et à tous, du patrimoine génétique à l’eau, le capital le fait basculer dans le secteur marchand, sous la dictature du profit.
La privatisation de biens communs, des services publics touche avant tout les classes populaires et les populations les plus défavorisées mais ce sont les femmes qui paient le plus lourd tribut. En effet, lorsque des biens et des services essentiels ne sont plus assurés par la collectivité, la responsabilité de les fournir revient au noyau familial. Ce travail supplémentaire, souvent énorme, est imposé aux femmes, augmentant ainsi les inégalités et l'exploitation qu’elles subissent.
Tout le pouvoir au capital !
Les nouveaux marchés visés sont multiples : agriculture, services, propriété intellectuelle, investissement, concurrence, transparence des marchés publics, environnement, commerce électronique, etc. Les enjeux sont souvent complexes. Ainsi certains pays du Sud appuient ces négociations puisque comme gros producteurs (p. ex. de coton) à bas prix, ils sont en concurrence avec les Etats-Unis qui protègent leur production à coup de milliards de subvention. La suppression de ces subventions est donc intéressante d’une certaine manière pour certains pays du Sud. Mais dans cette dynamique, une fois toutes les protections tombées, la concurrence internationale totale triomphera. Les gros écraseront les petits. Les multinationales pourront s’accaparer de nouveaux territoires géographiques et technologiques.
Pour s’assurer du soutien du Sud à ces accords, les Ministres du Nord sont prêts à faire quelques belles promesses mais le jeu des négociations est systématiquement truqué en faveur des grandes puissances commerciales du Nord. Ceux qui pensent qu’on peut leur faire confiance, se mettent malheureusement le Doha dans l’œil ! Le seul point positif de la Déclaration de Doha de 2001 concerne les médicaments génériques et établit clairement que les problèmes de santé publique sont prioritaires sur « les droits de la propriété intellectuelle ». Les grandes sociétés pharmaceutiques ont réduit à néant cette avancée. Le Sud ne sera pas entendu. Les accords de Hong-Kong profiteront au Nord dans tous les domaines à l’ordre du jour : agriculture, industrie, AGCS (accord général sur le commerce des services).
La stratégie euro-américaine a consisté à amener le Brésil et l’Inde dans le noyau des négociations en accédant à certaines de leurs demandes pour les désolidariser du reste des pays en développement. Ainsi, la victoire la plus importante des superpuissances commerciales en matière de procédures est probablement d’avoir réussi à transférer le pouvoir de fait de la Conférence ministérielle vers le Conseil général et à consolider une organisation oligarchique des débats et des prises de décision.
Le projet de l’OMC n’est qu’un élément de la globalisation du capital et de la mise en place d’appareils de commandement transnationaux. D’ores et déjà, les accords OMC sont débordés sur le front néo-libéral par des accords bilatéraux, plus désastreux encore pour les pays du Sud. Le projet d’une zone de libre échange économique intégral entre les USA et l’Union Européenne, s’il doit se concrétiser, aggravera les conséquences des actuelles stratégies de globalisation.
Naturellement, le monstre en train de naître sous nos yeux n’a de « libre marché » que le mensonge et l’imposture idéologique. Le marché capitaliste est une construction politique, le produit d’une économie de commandement qui fonctionne au profit des secteurs centraux du capitalisme. Et, en premier lieu, au profit du capitalisme d’extorsion US qui impose au reste du monde le financement de sa croissance et de son déficit abyssal.
Chaque lutte sociale est un coup porté contre l’OMC!
Dans cette situation, tout obstacle mis à la construction de la dictature de l’économie, au déploiement de la globalisation capitaliste, est une bonne chose. Ces obstacles, ces résistances limitées, et toujours fragiles, peuvent venir des classes dominantes du Sud ou même de groupes minoritaires des bourgeoisies centrales. Mais l’essentiel n’est pas là. En fait les résistances décisives contre le capitalisme globalisé et les luttes contre toutes les classes dominantes, dans chaque Etat, dans chaque point du monde, sont intimement liées. On ne peut rien attendre des bourgeoisies du Sud et rien leur concéder sur l’autel d’une hypothétique alliance contre les capitalismes dominants. De même, on ne peut rien attendre de gouvernements de gauche, en réalité socio-libéraux. Tout dépend des luttes sociales, de leur extension, de leur généralisation, du rapport de forces qui en résulte.
Les vampires du capital aiment mener leurs discussions dans le secret. Seule la mobilisation populaire peut faire sortir ces accords de l’ombre et les bloquer ensuite. Pour être certains d’aboutir à Hong-Kong, les négociateurs cherchent à résoudre leurs conflits dans les coulisses genevoises. Pour les classes dominantes, il s’agit de créer, notamment par l’action de l’OMC, les conditions cadres au niveau mondial d’une valorisation illimitée du capital et de construire un appareil de commandement du capitalisme organisé à un niveau global.
Les grands appareils publics transnationaux (OMC, FMI, Banque Mondiale, l’institution onusienne et une bonne partie de ses agences) et les grands blocs politico-économiques, comme l’Union Européenne, la zone Asie-Pacifique sous hégémonie japonaise, le grand espace économique américain sous direction US, avec ses multiples accord, ne sont pas des lieux de discussions ou de négociation, mais d’imposition du nouvel ordre politico-économique mondial. Son horizon est la conquête d’un pouvoir total sur l’humanité, la quête illimitée de profit, l’accaparement de nouveaux gisements de bénéfice comme l’ont été l’or, le pétrole ou l’électricité aux siècles passés.
Les enjeux sont de taille. L’OMC pourrait sortir plus puissante de l’actuel cycle. Mais elle pourrait trébucher aussi devant la multiplication des obstacles mis sur son chemin par les résistances et les luttes, notamment par les combats des exploités-es et des dominés-es de ce monde. Le sort de l’AMI (accord multilatéral sur les investissements) et des conférences de Seattle et Cancun ont montré que l’OMC peut connaître des échecs tactiques.
Nous n’avons rien à attendre des appareils publics internationaux, des Etats, des candidats-es divers au pouvoir politiques et de leurs partis ou des bourgeoisies subalternes. Les zapatistes aujourd’hui, avec la construction d’une coalition des mouvements des opprimés-es du Mexique, nous montrent le chemin.
L’OMC n’est pas réformable. Elle et le capitalisme doivent être brisés par l’action directe des peuples, jetés aux poubelles de l’histoire pour faire place à une société nouvelle.
Brisons la stratégie de l’OMC par l’action directe populaire ! Aucune trêve, aucune limite aux luttes sociale ! Contre le capitalisme globalisé, internationale des résistances ! Pour une société nouvelle, liberté, émancipation, propriété commune !
Organisation Socialiste Libertaire / Berne, Fédération Libertaire des Montagnes / FLM, Organisation Socialiste Libertaire / Vaud
• Berne: Mercredi, 9. novembre à 19.30 Restaurant Casa d'Italia Bühlstrasse 57 - Länggasse (15 min. à pied de la gare). • Dimanche 13 novembre, 17 h, salle Jean Jaurès, Maison du Peuple, Lausanne
Les IWW, histoire, idées et luttes actuelles du syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis Conférence d’Alexis Buss, militante et secrétaire générale des IWW
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